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Paul Faggianelli Brocart : Université Paris Nanterre
Si la cartographie du vivant s’élabore sur le temps long d’une histoire des sciences naturelles qui court des systèmes linnéens à la figure aventureuse d’Alexander von Humboldt, le tournant du XIXe siècle marque en Europe un approfondissement temporel de l’histoire du vivant. Stratigraphie, paléontologie et archéologie contribuent à élaborer une connaissance de l’histoire longue de la vie sur terre. L’écriture de fiction s’engage à la suite de cette exploration spatiale et temporelle, pour romancer les découvertes scientifiques qui mettent en contact les chercheurs européens avec le passé «antédiluvien» de la vie.
Le saurien apparaît alors comme une figure fictive majeure de la littérature d’aventure au début du XXe siècle : de Verne à Conan Doyle, son ombre traverse de nombreuses œuvres. Cette proposition s’intéresse à la figuration d’un monstre scientifique dans le régime spectaculaire de la culture de masse. À partir de l’extension sémantique du terme, qui recouvre un ensemble de translations romanesques du discours scientifique, on s’intéresse à la circulation d’un imaginaire élaboré entre les galeries muséales, les sites de fouilles et les textes eux-mêmes. Le saurien devient l’horizon fantasmé de la fiction d’aventure impériale, qui anime les spécimens figés dans les galeries, pour projeter la vie préhistorique dans les périphéries inexplorées de la carte impériale du monde.
Ce colloque s’intéresse aux techniques et aux sciences dans la mesure où elles jouent un rôle structurant dans les systèmes symboliques de l’Occident moderne. Sans négliger le fait que les mythes sont d’abord des ensembles de signes (Barthes, 1957) et de paroles (Detienne, 1981), il propose de considérer les mythologies comme des matrices (Bouchard, 2007) ou des systèmes de pensée (Vernant, 2004) profondément enracinés dans l’ensemble des structures sociales et culturelles : institutions, imaginaires, pratiques quotidiennes, formes de corporéité, etc. Or, une grande part des mythologies de la modernité prend appui sur un système technicien et un imaginaire scientifique de plus en plus puissants. Ellul affirmait, en 1973, que ceux-ci avaient pris le relais de la transcendance chrétienne dans la structuration du rapport au monde. D’autres auteurs (Mumford, 2010; Miquel et Ménard, 1988; Musso, 2017) se sont appliqués à montrer que les développements techniques ont systématiquement contribué à la structuration de systèmes symboliques singuliers, y compris au cœur du monde chrétien. La science, son langage et ses découvertes y participent également en offrant aujourd’hui un cadre interprétatif global, que l’on trouve dans les discours de vulgarisation scientifique (Stoczkowski, 1994) comme dans les œuvres de fiction (Chassay, 2013).
Sous les termes mythologies techniques et scientifiques, on cherche à interroger des types de rapport au monde tels qu’ils sont affectés par des objets, des savoirs et des pratiques associés au dispositif technoscientifique. Les communications présentées dans ce colloque s’intéressent aux transformations des conceptions de la vie, de la mort et du temps engendrées par les techniques et les sciences, aux imaginaires du vivant et du corps en relation avec les biotechniques, aux représentations des nouvelles technologies dans les productions culturelles, aux idéologies qui supportent les imaginaires scientifiques et techniques ainsi qu’aux diverses formes de sacralisation de la technique et de la science dans le monde contemporain.
Titre du colloque :