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Émilie Pontanier : Laboratoire Education Cultures Politiques université Lyon2
La pluralité culturelle en France structure le tissu social et accompagne l'hétérogénéité des publics scolaires. En outre, la question du religieux dans l’école laïque peut être appréhendé comme une question socialement vive lorsqu’il s’agit de « radicalisation ». À quelle occasion cette catégorisation apparaît chez les professionnels de l’éducation ? Quelles stratégies et quels traitements adoptent-ils lorsqu’ils sont en présence de croyances fondamentalistes ou de situations ostentatoires ? Jusqu’où vont-ils pour respecter les croyances des élèves ou des parents (aménagement pour des interdits alimentaires à la cantine, en sorties et en voyages scolaires ou accommodement pour une tenue de natation lors d’un cours d’EPS, etc.) ? Quelles ressources mobilisent-ils, selon quels principes de justice ?
En nous appuyant sur l’exemple des sorties scolaires en collège (enquête religions, discriminations et racisme en milieu scolaire), nous souhaitons témoigner des formes d'inclusion des croyances religieuses des élèves et démontrer qu’elle cristallise les pratiques religieuses « fondamentaliste » ou « radicales ». Nous analyserons la variété des accommodements réalisés par les enseignants et les personnels de vie scolaire pour atteindre leur objectif principal : rendre possible le départ de « tous les élèves » en sortie et voyage scolaire dont la dimension formative fait l’accord. Des situations (exceptionnelles) de gestion de radicalisation seront analysées.
Depuis près d’une vingtaine d’années, quelques pays ont choisi d’offrir une formation culturelle (c’est-à-dire non confessionnelle) aux faits religieux. Offert de façon optionnelle ou obligatoire, ce type d’enseignement culturel du fait religieux se donne notamment en Espagne, dans certains cantons suisses et au Québec. Cet enseignement du phénomène religieux soulève toutes sortes d’enjeux aujourd’hui : la formation des enseignants, leur posture éthique, la prise en compte de la diversité des pratiques et des convictions, la tension entre science et croyances, etc.
Cette formation religieuse non confessionnelle pose en particulier des défis inédits en ce qui concerne la posture des enseignants. Généralement invités à faire preuve de « neutralité », les enseignants se trouvent de facto confrontés à différentes manifestations de croyances en classe qui mettent à l’épreuve au quotidien ce devoir d’objectivité et d’impartialité. En outre, les enseignants sont eux-mêmes porteurs de diverses convictions dont ils doivent limiter l’effet sur leur enseignement.
Les enseignants sont aussi interpellés par les croyances plurielles des enfants ou de leurs parents, notamment celles qu’on peut qualifier de « fondamentalistes » ou « radicales »; ces croyances peuvent d’ailleurs être religieuses ou non (ex. : négation de divers savoirs scientifiques au profit d’une conception religieuse, promotion d’une idéologie xénophobe, homophobe ou complotiste, etc.).
Cette « neutralité » peut aussi être mise en question sous d’autres angles par la quête spirituelle d’élèves, laquelle est susceptible de déstabiliser l’enseignant « neutre » de culture religieuse. Pourtant, de nombreux systèmes éducatifs reconnaissent la nécessité de favoriser le développement spirituel des élèves. Alors, dans quelle mesure une école laïque peut-elle encourager le développement spirituel de ses élèves? Et quel est ou devrait être le rôle des enseignants de culture religieuse dans ce développement?
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