Veuillez choisir le dossier dans lequel vous souhaitez ajouter ce contenu :
Membre a labase
Érick Doucet : UQAM - Université du Québec à Montréal
L’espace politique romain était un espace religieux. Les fonctions officielles, pour la plupart investies par un rite où le divin intercédait en se manifestant sous forme d’augures, devaient leur validité à l’omniprésence du religieux.
Lors du passage de la République à l’Empire, les empereurs accumulèrent l’une après l’autre les prérogatives des fonctions publiques, y compris celles revêtues du caractère sacro-saint. La damnatio memoriae, qui consistait en un rituel de malédictions: imprécations, souillure de la dépouille, destruction des effigies, martelage des inscriptions, et enfin, condamnation de la mémoire dans les écrits historiques, était invariablement initiée par un décret sénatorial. Déclarée ennemie publique par un sénatus-consulte, la victime jusqu’alors toute puissante, est mise à mort et malédiction est jetée sur sa mémoire. Malgré sa perte progressive de pouvoir, le Sénat fit figure de contre-pouvoir à celui de plus en plus grand de l’empereur. Dans un tel contexte, peut-on affirmer que la damnatio memoriae devint une arme de dissuasion que les membres de la Curie pouvaient utiliser, en dernier recours, contre un princeps despotique? Ma présentation traitera de ce rituel, de ses usages politiques probables et avérés, ainsi que de son évolution au premier siècle du Haut-Empire romain.
En analysant le religieux au prisme des espaces, les sciences humaines et sociales ont rendu compte de nombreuses dynamiques et de leurs évolutions, comme la territorialisation des communautés et de leur implantation, la géopolitique des religions, ou encore la symbolique des rapports aux espaces de déploiement des religions (Hervieu-Léger, 1999). Notion centrale en géographie, l’espace a fait plus récemment l’objet d’une réflexion et d’une théorisation dans les autres disciplines scientifiques, ouvrant à des dialogues herméneutiques, théoriques et méthodologiques féconds (p. ex., Löw, 2015). Aussi, depuis les années 1990, dans le champ des sciences sociales des religions, un renouvellement des approches et des objets a-t-il pu être observé. Si l’ancrage territorial reste présent (p. ex., enjeu de construction de lieux de cultes, lieux de pèlerinages, mémoire et patrimonialisation), son étude a pu changer d’échelle et voir ses frontières explorées (p. ex., religion vécue et ordinaire, liens avec la communauté nationale, effets des transnationalisations sur les communautés religieuses, frontières espace public/espace privé). Les espaces sont également analysés dans leurs dimensions relationnelles ou culturelles (p. ex., espaces religieux genrés, espaces culturels, vie intérieure/extériorité). L’émergence du numérique (Digital Religion…) interpelle quant aux rapports aux lieux et aux espaces.
Aussi, ce colloque propose-t-il d’étudier les espaces du religieux. Ouvert aux différents champs disciplinaires, il prendra en compte aussi bien les espaces traditionnels des religions (les communautés et leurs développements, les espaces de production doctrinaux), que les espaces négociés par les religions (relations entre religions et espace public par exemple) ou les nouveaux espaces du religieux (sphère numérique).
Références :
Hervieu-Léger, D. 1999. La religion en mouvement : le pèlerin et le converti. Paris, Flammarion.
Löw, M. 2015. Sociologie de l’espace. Paris, MSH.
Titre du colloque :
Thème du colloque :