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Isabelle Gallard : École nationale d'administration publique
Pour parler de la neutralité des enseignants à l’école laïque il est nécessaire en premier lieu de comprendre ce concept et ses implications. D’une part, ce dernier ne s’applique qu’à la religion et aux croyances, pas aux valeurs démocratiques fondamentales (Maclure, Taylor p.19). D’autre part, si la définition du concept théorique de neutralité religieuse est relativement facile : assurer un traitement égal des citoyens quelle que soit leurs croyances; son application varie selon le sens que l’on donne au « traitement égal » dans un État, une société ou un groupe donné. Ainsi la neutralité peut être comprise non comme l’application rigide d’une égale indifférence aux religions mais plutôt comme un égal respect des différences. Ainsi la neutralité religieuse n’est pas mise en danger par l’expression des croyances religieuses si celles-ci respectent le cadre accepté par les membres du groupe concerné. L’école, considérée comme une société à part entière, peut choisir d’utiliser une méthode de délibération éthique pour établir ses règles internes de vie commune. Cette méthode a le double avantage de former les élèves à des pratiques citoyennes et de favoriser l’acceptation par consensus du cadre laïque et des valeurs qui s’y raccrochent. Ainsi lorsque des tensions apparaissent au sujet de l’expression de croyances en classe, un processus de réflexion autour de ces valeurs peut être mis en place afin de mieux gérer croyances, y compris fondamentalistes.
Depuis près d’une vingtaine d’années, quelques pays ont choisi d’offrir une formation culturelle (c’est-à-dire non confessionnelle) aux faits religieux. Offert de façon optionnelle ou obligatoire, ce type d’enseignement culturel du fait religieux se donne notamment en Espagne, dans certains cantons suisses et au Québec. Cet enseignement du phénomène religieux soulève toutes sortes d’enjeux aujourd’hui : la formation des enseignants, leur posture éthique, la prise en compte de la diversité des pratiques et des convictions, la tension entre science et croyances, etc.
Cette formation religieuse non confessionnelle pose en particulier des défis inédits en ce qui concerne la posture des enseignants. Généralement invités à faire preuve de « neutralité », les enseignants se trouvent de facto confrontés à différentes manifestations de croyances en classe qui mettent à l’épreuve au quotidien ce devoir d’objectivité et d’impartialité. En outre, les enseignants sont eux-mêmes porteurs de diverses convictions dont ils doivent limiter l’effet sur leur enseignement.
Les enseignants sont aussi interpellés par les croyances plurielles des enfants ou de leurs parents, notamment celles qu’on peut qualifier de « fondamentalistes » ou « radicales »; ces croyances peuvent d’ailleurs être religieuses ou non (ex. : négation de divers savoirs scientifiques au profit d’une conception religieuse, promotion d’une idéologie xénophobe, homophobe ou complotiste, etc.).
Cette « neutralité » peut aussi être mise en question sous d’autres angles par la quête spirituelle d’élèves, laquelle est susceptible de déstabiliser l’enseignant « neutre » de culture religieuse. Pourtant, de nombreux systèmes éducatifs reconnaissent la nécessité de favoriser le développement spirituel des élèves. Alors, dans quelle mesure une école laïque peut-elle encourager le développement spirituel de ses élèves? Et quel est ou devrait être le rôle des enseignants de culture religieuse dans ce développement?
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