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Charlène Ménard : Université Lumière-Lyon-II
La neutralité en France est questionnée par des problématiques actuelles traversant l’école : réchauffement questionnements religieux et débats sur la laïcité. A cela s’ajoute également l’injonction à transmettre les « valeurs de la République » dans le cadre d’un enseignement moral visant à renforcer le cadre de l’éducation citoyenne dans les écoles. Comment transmettre des valeurs et une morale, mais également enseigner les faits religieux, tout en restant neutre face à ses propres croyances ainsi que celles des élèves ? Est-ce que la transmission d’une morale et de valeurs peut être comprise comme une forme de spiritualité laïque ? Est-ce en opposition ou en complément des spiritualités religieuses particulières des élèves ? En nous appuyant sur la sociologie du curriculum et l’analyse de la pratique, nous essayerons de comprendre comment les enseignants adaptent, re-normalisent l’injonction à la neutralité dans des situations concrètes faisant épreuve, particulièrement dans l’enseignement du fait religieux et dans le nouvel enseignement moral et civique. Pour cela, nous nous baserons sur les résultats d’une enquête ethnographique menée dans trois collèges différents. Nous verrons dans un premier temps que la neutralité religieuse est centrale pour les enseignants, cependant, dans certaines situations dans lesquelles l’injonction à la neutralité entre en conflit avec d’autres principes éthiques professionnels ou personnels.
Depuis près d’une vingtaine d’années, quelques pays ont choisi d’offrir une formation culturelle (c’est-à-dire non confessionnelle) aux faits religieux. Offert de façon optionnelle ou obligatoire, ce type d’enseignement culturel du fait religieux se donne notamment en Espagne, dans certains cantons suisses et au Québec. Cet enseignement du phénomène religieux soulève toutes sortes d’enjeux aujourd’hui : la formation des enseignants, leur posture éthique, la prise en compte de la diversité des pratiques et des convictions, la tension entre science et croyances, etc.
Cette formation religieuse non confessionnelle pose en particulier des défis inédits en ce qui concerne la posture des enseignants. Généralement invités à faire preuve de « neutralité », les enseignants se trouvent de facto confrontés à différentes manifestations de croyances en classe qui mettent à l’épreuve au quotidien ce devoir d’objectivité et d’impartialité. En outre, les enseignants sont eux-mêmes porteurs de diverses convictions dont ils doivent limiter l’effet sur leur enseignement.
Les enseignants sont aussi interpellés par les croyances plurielles des enfants ou de leurs parents, notamment celles qu’on peut qualifier de « fondamentalistes » ou « radicales »; ces croyances peuvent d’ailleurs être religieuses ou non (ex. : négation de divers savoirs scientifiques au profit d’une conception religieuse, promotion d’une idéologie xénophobe, homophobe ou complotiste, etc.).
Cette « neutralité » peut aussi être mise en question sous d’autres angles par la quête spirituelle d’élèves, laquelle est susceptible de déstabiliser l’enseignant « neutre » de culture religieuse. Pourtant, de nombreux systèmes éducatifs reconnaissent la nécessité de favoriser le développement spirituel des élèves. Alors, dans quelle mesure une école laïque peut-elle encourager le développement spirituel de ses élèves? Et quel est ou devrait être le rôle des enseignants de culture religieuse dans ce développement?
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