Veuillez choisir le dossier dans lequel vous souhaitez ajouter ce contenu :
Membre a labase
Nancy Wiscutie-Crépeau : Institut National de la recherche scientifique
L’élaboration de ressources didactiques en langue autochtone pertinentes pour les élèves issus des Premières Nations représente un défi important pour les acteurs en éducation. Le matériel didactique en langue française et les instruments d’évaluation disponibles sont souvent standardisés, essentiellement développés pour une population euro-canadienne et très rarement en langue autochtone. Plusieurs écrits scientifiques soulèvent pourtant la nécessité de développer des ressources qui tiennent compte du bagage culturel et linguistique des élèves autochtones (Ball et Bernhardt, 2008; Sterzuk, 2008). La présente communication expose les défis rencontrés dans l’élaboration d’un programme de métaphonologie bilingue et d’un instrument d’évaluation en conscience phonologique en anicinabemowin, destiné à des élèves de première année du primaire fréquentant des écoles au sein de leurs communautés. Ces défis sont notamment liés à la traduction d’instruments d’évaluation en conscience phonologique et en lecture, étant donné la diversité culturelle et linguistique qui existe chez les peuples autochtones. L’élaboration de telles ressources implique la prise en compte d’un continuum en langues française et algonquine.
Le maintien et la revitalisation des langues autochtones du Canada comportent aujourd’hui des défis énormes pour tous les acteurs concernés, que ce soit les communautés autochtones qui prennent en charge l’enseignement de leurs langues respectives ou les chercheurs et les praticiens qui collaborent avec eux. Par ailleurs, la coexistence de différents contextes d’apprentissage implique différentes clientèles cibles et différents lieux d’enseignement.
Le colloque sur les langues autochtones qui s’est tenu au 85e Congrès de l’ACFAS proposait un regard actuel sur l’apprentissage des langues autochtones, notamment pour la clientèle des adultes, celle en milieu scolaire et celle se trouvant dans d’autres contextes. Plusieurs enjeux et besoins ont été articulés pendant ce colloque, particulièrement le manque criant de matériel pédagogique. En effet, la gestion des questions linguistiques et culturelles peut être extrêmement décentralisée dans le cas de certaines communautés autochtones qui sont responsables localement des initiatives de revitalisation linguistique ainsi que de l’instauration et de la gestion des programmes scolaires, tandis que d’autres groupes, comme les Cris et les Inuits, possèdent leur propre commission scolaire et des organismes centraux. Comme la situation d’une langue autochtone peut varier d’un important déclin dans l’usage à une utilisation courante de la langue, il peut être difficile, même à l’intérieur d’une même nation, d’établir un consensus autour d’objectifs communs en matière de transmission de la langue, par exemple en ce qui a trait au choix et à l’évaluation du matériel ou des méthodes pédagogiques adaptés. Or, comme le souligne le gouvernement du Québec dans son Plan d’action gouvernemental pour le développement social et culturel des Premières Nations et des Inuits (2017-2022), « le développement des communautés ne peut se réaliser sans un effort soutenu pour valoriser les langues autochtones, pour en augmenter le nombre de locuteurs et pour en promouvoir l’usage dans les activités du quotidien » (2017 : 34).
Dans le cadre du présent colloque, les coorganisateurs souhaitent donc réunir différents acteurs afin d’échanger sur des aspects tels que : les meilleures pratiques et les expériences concrètes en transmission ou en enseignement des langues autochtones, en portant une attention particulière à des sujets comme les méthodes et les outils d’apprentissage d’une langue autochtone en milieu scolaire (L1 ou L2), en milieu universitaire ou en milieu communautaire; les approches pédagogiques à privilégier pour pallier les niveaux variables de compétences en littératie dans la langue autochtone et dans la langue d’enseignement; l’effet d’une absence d’orthographe uniforme sur l’enseignement ou l’apprentissage d’une langue autochtone; ainsi que les expériences concrètes d’intégration de manuels d’apprentissage et de grammaires en langue autochtone dans l’enseignement, leur efficacité et leurs limites.
Titre du colloque :