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Gaëtan Flocco : FRANCE
La biologie de synthèse est un domaine apparu il y a une vingtaine d’années, dont nous proposons d’étudier les ressorts idéologiques, articulés à ses dimensions matérielles (Godelier, 1984), en termes de pratiques et de produits. Véritable «human engineering» (Anders, 2002), elle constitue l’une des concrétisations de l’imaginaire moderne du vivant, dans la mesure où elle vise à améliorer ce dernier ou à créer synthétiquement des fonctionnalités biologiques n’existant pas dans la nature. Certaines applications existent déjà, telles que des médicaments produits synthétiquement ou des outils de diagnostic du sida. D’autres, innombrables, font figure encore de promesses mais concernent de multiples secteurs de la vie, allant de la santé à l’agriculture, en passant par l’énergie, les matériaux ou l’environnement. Ce faisant, l’une des questions que pose l’émergence de cette technoscience est de saisir les imaginaires modernes du vivant dont la biologie de synthèse est à la fois le symptôme, par ce qu’elle révèle, et la matrice, par ce qu’elle fabrique. En explorant les mythes modernes sur lesquels se fonde la biologie de synthèse (Barthes, 1957), nous analysons sa conception du vivant et de son amélioration perpétuelle (Le Dévédec, 2015), sa vision de la mort dont on cherche à repousser les limites (Lafontaine, 2008), ainsi que celle du temps et de son accélération exponentielle (Rosa, 2010).
Ce colloque s’intéresse aux techniques et aux sciences dans la mesure où elles jouent un rôle structurant dans les systèmes symboliques de l’Occident moderne. Sans négliger le fait que les mythes sont d’abord des ensembles de signes (Barthes, 1957) et de paroles (Detienne, 1981), il propose de considérer les mythologies comme des matrices (Bouchard, 2007) ou des systèmes de pensée (Vernant, 2004) profondément enracinés dans l’ensemble des structures sociales et culturelles : institutions, imaginaires, pratiques quotidiennes, formes de corporéité, etc. Or, une grande part des mythologies de la modernité prend appui sur un système technicien et un imaginaire scientifique de plus en plus puissants. Ellul affirmait, en 1973, que ceux-ci avaient pris le relais de la transcendance chrétienne dans la structuration du rapport au monde. D’autres auteurs (Mumford, 2010; Miquel et Ménard, 1988; Musso, 2017) se sont appliqués à montrer que les développements techniques ont systématiquement contribué à la structuration de systèmes symboliques singuliers, y compris au cœur du monde chrétien. La science, son langage et ses découvertes y participent également en offrant aujourd’hui un cadre interprétatif global, que l’on trouve dans les discours de vulgarisation scientifique (Stoczkowski, 1994) comme dans les œuvres de fiction (Chassay, 2013).
Sous les termes mythologies techniques et scientifiques, on cherche à interroger des types de rapport au monde tels qu’ils sont affectés par des objets, des savoirs et des pratiques associés au dispositif technoscientifique. Les communications présentées dans ce colloque s’intéressent aux transformations des conceptions de la vie, de la mort et du temps engendrées par les techniques et les sciences, aux imaginaires du vivant et du corps en relation avec les biotechniques, aux représentations des nouvelles technologies dans les productions culturelles, aux idéologies qui supportent les imaginaires scientifiques et techniques ainsi qu’aux diverses formes de sacralisation de la technique et de la science dans le monde contemporain.
Titre du colloque :