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Stéphane Handfield : Université de Montréal
Pour un intervenant-pivot coordonnant différents services oeuvrant auprès d’une même personne, différentes institutions peuvent être employées en tant qu’outils d’intervention normative par l’intervenant. Leurs injonctions peuvent être présentées à la personne accompagnée comme des contraintes inéluctables avec lesquelles elle doit composer en se conformant aux normes; en « réponse » à ces contraintes, l’intervenant peut ensuite appliquer une pression normative sur la personne accompagnée tout en conservant son lien de confiance avec elle – fondé notamment sur le non-jugement et le respect de son autodétermination – en la soutenant dans ses démarches auprès d’institutions qui exercent un pouvoir d’intervention normatif en leur nom, mais avec l’appui de l’intervenant. Cette instrumentalisation des institutions juridiques et pénales comme leviers d’intervention par l’intervenant me semble notamment symptomatique d’un contexte où les personnes accompagnées par l’intervenant, dépourvues de réseaux soutenants et délaissées par les services sociaux et communautaires, sont ultimement prises en charge par les institutions de dernier recours – police, hôpital, prison – et s’inscrivent souvent dans des parcours dits de « portes tournantes ». Cette présentation se fonde sur les résultats d’un terrain ethnographique mené auprès d’un psychoéducateur spécialisé en déficience intellectuelle et en itinérance.
La notion de travail relationnel traverse les frontières des champs disciplinaires (p. ex., sociologie, travail social, administration, sciences infirmières). Parmi les travaux effectués sur la question, plusieurs ont en commun de considérer les interactions humaines et sociales comme le résultat d’un accomplissement actif entre des acteurs sociaux (Goffman, 1983; Strauss, 1993; Zelizer, 2012). Dans le monde des pratiques professionnelles (ex. santé, services sociaux, éducation), le travail relationnel est un élément constitutif de la relation d’aide comme des interventions à plus grande échelle. Qu’il s’agisse des professionnels de « métiers relationnels » (Doucet et Viviers, 2016) ou des intervenants « de première ligne » (Lipsky, 2010; Maynard-Moody et Musheno, 2003), ces praticiens réalisent des tâches reposant sur des interactions avec un client, un usager ou un citoyen. Il en va de même des gestionnaires qui soutiennent ces intervenants (Feldman et Khademian, 2007). De plus en plus appelés à travailler « en réseau » (Brossard et White, 2016), tous ces acteurs participent à des dynamiques avec d’autres praticiens qui reposent sur un travail relationnel (Dupuis et Farinas, 2009). Or, un des traits importants de ce travail est son invisibilité relative (Fletcher, 2001; Star et Strauss, 1999). Il est souvent tenu pour acquis et difficile à rationaliser par des procédures organisationnelles de mesure de la performance (Fletcher, 2001; Star et Strauss, 1999). Le travail relationnel est aussi au cœur des interactions plus intimes qui ont cours au sein de la sphère privée, comme dans la famille et dans les réseaux d’amitié. Reposant sur des réseaux informels, il est réalisé dans le « travail de care » ou le « travail domestique de santé » (Cresson, 2004; Damamme et Paperman, 2009). Ses aspects émotionnels, comme l’empathie ou la préoccupation pour autrui, rendent difficile son entière objectivation et sa rationalisation, puisque ces dimensions ne peuvent s’évaluer ni se mesurer par les outils de l’économie traditionnelle (Dusset, 2003; Folbre et Nelson, 2000; Madörin, 2003). Par ailleurs, l’analyse du travail relationnel tend à demeurer compartimentée dans ses dimensions formelles ou informelles, ne permettant pas de bien saisir l’articulation de celles-ci ni la multiplicité des liens entre les différents acteurs concernés (p. ex., individus, familles, organisations, collectivité).
Ce colloque vise à analyser la notion de travail relationnel à partir de différentes perspectives, recherches empiriques et expériences terrains afin d’éclairer sa nature complexe et processuelle. Ce colloque sollicite des contributions provenant de différentes disciplines en sciences sociales et humaines pouvant porter sur : 1) les multiples formes du travail relationnel (ex. relation d’aide, « travail réseau »); 2) ses répertoires de moyens (p. ex., stratégies relationnelles, ressources, normes, valeurs, idéologies); et 3) ses configurations (p. ex., réseaux, collaboration, partenariat).
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