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Marc-Antoine Fournelle : UQAM - Université du Québec à Montréal
Dans les premiers siècles du christianisme, la chasteté, en tant qu’objet de discours, remplit des fonctions distinctes et recouvre des enjeux sociaux multiples selon son lieu d’émergence. Or, au-delà des influences régionales sur les positionnements énonciatifs, c’est d’abord le dispositif de communication lui-même qui « contraint le champ du dicible (thèmes et modalité du dire), tandis que l’énoncé doit légitimer son propre cadre à travers ses élaborations doctrinales » (Maingueneau, 2009).
Si la retraite dans le désert et les mortifications du corps confèrent à l’ascète son statut d’énonciateur légitime auprès de certains fidèles, c’est l’instruction dans les saintes Écritures et l’éloquence du commentaire qui fait du théologien l’énonciateur le plus autorisé dans les villes. Aussi, les traités polémiques, exhortations, sermons, apologies constituent autant de genres spécifiques dont chacun comporte son lot de topiques, de présuppositions et de procédés rhétoriques. Malgré un corpus textuel et un répertoire thématique communs, on ne prêche pas à l’École théologique d’Alexandrie comme on prêche aux communautés cénobitiques de Cappadoce, pas plus qu’on ne déploie dans son discours la figure mariale comme on cite Saint Paul.
Je propose de revisiter certains documents théoriques et normatifs du christianisme primitif à la lumière des méthodes contemporaines en analyse du discours afin d’en dégager des correspondances entre espaces géographiques et espaces discursifs.
En analysant le religieux au prisme des espaces, les sciences humaines et sociales ont rendu compte de nombreuses dynamiques et de leurs évolutions, comme la territorialisation des communautés et de leur implantation, la géopolitique des religions, ou encore la symbolique des rapports aux espaces de déploiement des religions (Hervieu-Léger, 1999). Notion centrale en géographie, l’espace a fait plus récemment l’objet d’une réflexion et d’une théorisation dans les autres disciplines scientifiques, ouvrant à des dialogues herméneutiques, théoriques et méthodologiques féconds (p. ex., Löw, 2015). Aussi, depuis les années 1990, dans le champ des sciences sociales des religions, un renouvellement des approches et des objets a-t-il pu être observé. Si l’ancrage territorial reste présent (p. ex., enjeu de construction de lieux de cultes, lieux de pèlerinages, mémoire et patrimonialisation), son étude a pu changer d’échelle et voir ses frontières explorées (p. ex., religion vécue et ordinaire, liens avec la communauté nationale, effets des transnationalisations sur les communautés religieuses, frontières espace public/espace privé). Les espaces sont également analysés dans leurs dimensions relationnelles ou culturelles (p. ex., espaces religieux genrés, espaces culturels, vie intérieure/extériorité). L’émergence du numérique (Digital Religion…) interpelle quant aux rapports aux lieux et aux espaces.
Aussi, ce colloque propose-t-il d’étudier les espaces du religieux. Ouvert aux différents champs disciplinaires, il prendra en compte aussi bien les espaces traditionnels des religions (les communautés et leurs développements, les espaces de production doctrinaux), que les espaces négociés par les religions (relations entre religions et espace public par exemple) ou les nouveaux espaces du religieux (sphère numérique).
Références :
Hervieu-Léger, D. 1999. La religion en mouvement : le pèlerin et le converti. Paris, Flammarion.
Löw, M. 2015. Sociologie de l’espace. Paris, MSH.
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