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Marie Melotte : UQAM - Université du Québec à Montréal
Dès les années 1960, l’Occident entre dans une ère de la performance biotechnique. La mort du 19e siècle chargée de symbolique, familière, collective, ritualisée et à domicile est délogée pour une mort qui paraît, pour plusieurs, vide de sens, dans le silence et l’isolement, dans un lit d’hôpital. Le constat de la déshumanisation et de la désocialisation dans la prise en charge du mourir technico-scientifique contribue à l’émergence, dans les années 1970, du modèle biopsychosocial et spirituel, véhiculé par la culture transnationale palliative. En défendant une prise en charge humaniste de la souffrance totale du mourant, les soins palliatifs génèrent un imaginaire normatif du bien mourir moderne en créant une nouvelle réalité du mourir et de nouvelles pratiques, jusqu’alors inédites. Les dimensions psychologiques, sociales et spirituelles sont, désormais, considérées comme des lieux d’interventions soignantes.
Néanmoins, ce modèle inclusif ne serait-il pas, paradoxalement, devenu l’instrument contemporain de la gestion et de la médicalisation de la mort ? Alors que les soins palliatifs se sont construits sur base d’une critique des excès du biomédical, cette institution n’a-t-elle pas cependant substitué des techniques de soin qui s’inscrivent dans l’imaginaire de la biotechnique ? C’est cette matrice des pratiques des soins que nous désirons explorer dans cette communication, et ce, par l’analyse des techniques de soin déployées par les soins palliatifs.
Ce colloque s’intéresse aux techniques et aux sciences dans la mesure où elles jouent un rôle structurant dans les systèmes symboliques de l’Occident moderne. Sans négliger le fait que les mythes sont d’abord des ensembles de signes (Barthes, 1957) et de paroles (Detienne, 1981), il propose de considérer les mythologies comme des matrices (Bouchard, 2007) ou des systèmes de pensée (Vernant, 2004) profondément enracinés dans l’ensemble des structures sociales et culturelles : institutions, imaginaires, pratiques quotidiennes, formes de corporéité, etc. Or, une grande part des mythologies de la modernité prend appui sur un système technicien et un imaginaire scientifique de plus en plus puissants. Ellul affirmait, en 1973, que ceux-ci avaient pris le relais de la transcendance chrétienne dans la structuration du rapport au monde. D’autres auteurs (Mumford, 2010; Miquel et Ménard, 1988; Musso, 2017) se sont appliqués à montrer que les développements techniques ont systématiquement contribué à la structuration de systèmes symboliques singuliers, y compris au cœur du monde chrétien. La science, son langage et ses découvertes y participent également en offrant aujourd’hui un cadre interprétatif global, que l’on trouve dans les discours de vulgarisation scientifique (Stoczkowski, 1994) comme dans les œuvres de fiction (Chassay, 2013).
Sous les termes mythologies techniques et scientifiques, on cherche à interroger des types de rapport au monde tels qu’ils sont affectés par des objets, des savoirs et des pratiques associés au dispositif technoscientifique. Les communications présentées dans ce colloque s’intéressent aux transformations des conceptions de la vie, de la mort et du temps engendrées par les techniques et les sciences, aux imaginaires du vivant et du corps en relation avec les biotechniques, aux représentations des nouvelles technologies dans les productions culturelles, aux idéologies qui supportent les imaginaires scientifiques et techniques ainsi qu’aux diverses formes de sacralisation de la technique et de la science dans le monde contemporain.
Titre du colloque :