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Corentine NAVENNEC : Université de Sherbrooke
Se positionnant du côté des valeurs de la raison et de la sécularisation, le protestantisme historique en France a évolué en phase avec l’hégémonie scientifique de la modernité et tient à conserver sa posture rationnelle. Une paroisse située au coeur de Paris, le Temple du Marais, se démarque toutefois en offrant une forme charismatique d’accompagnement spirituel qui encadre une pratique de délivrance. En vue d’étudier cette pratique, nous avons procédé, en 2016, à une ethnographie d’une durée totale d’environ 6 mois. De l’observation participante a été effectuée dans des contextes variés (culte du dimanche, ateliers de formation à la délivrance, groupes de prière,…) et 36 entrevues semi-dirigées ont été menées auprès de 5 pasteurs et 23 laïques.
Il ressort d’une analyse préliminaire des données recueillies que la délivrance vise la libération de l’espace intérieur du croyant et qu’en reprenant la conception chrétienne de l’espace intérieur qui « pose l’identité humaine comme habitable par une autre présence que la nôtre. » (Chrétien 2014), le Temple du Marais renoue avec la dimension mystique de la foi, considérée avec aversion par le protestantisme historique qui y voit « le péril d’une révélation privée, étrangère à l’Écriture » (Chrétien 2014 p. 210). Développé dans la conscience de la tradition de rationnalité, l’accompagnement spirituel de type charismatique pose néanmoins le défi de la tension mystique-raison au sein de l’Église luthéro-réformée.
En analysant le religieux au prisme des espaces, les sciences humaines et sociales ont rendu compte de nombreuses dynamiques et de leurs évolutions, comme la territorialisation des communautés et de leur implantation, la géopolitique des religions, ou encore la symbolique des rapports aux espaces de déploiement des religions (Hervieu-Léger, 1999). Notion centrale en géographie, l’espace a fait plus récemment l’objet d’une réflexion et d’une théorisation dans les autres disciplines scientifiques, ouvrant à des dialogues herméneutiques, théoriques et méthodologiques féconds (p. ex., Löw, 2015). Aussi, depuis les années 1990, dans le champ des sciences sociales des religions, un renouvellement des approches et des objets a-t-il pu être observé. Si l’ancrage territorial reste présent (p. ex., enjeu de construction de lieux de cultes, lieux de pèlerinages, mémoire et patrimonialisation), son étude a pu changer d’échelle et voir ses frontières explorées (p. ex., religion vécue et ordinaire, liens avec la communauté nationale, effets des transnationalisations sur les communautés religieuses, frontières espace public/espace privé). Les espaces sont également analysés dans leurs dimensions relationnelles ou culturelles (p. ex., espaces religieux genrés, espaces culturels, vie intérieure/extériorité). L’émergence du numérique (Digital Religion…) interpelle quant aux rapports aux lieux et aux espaces.
Aussi, ce colloque propose-t-il d’étudier les espaces du religieux. Ouvert aux différents champs disciplinaires, il prendra en compte aussi bien les espaces traditionnels des religions (les communautés et leurs développements, les espaces de production doctrinaux), que les espaces négociés par les religions (relations entre religions et espace public par exemple) ou les nouveaux espaces du religieux (sphère numérique).
Références :
Hervieu-Léger, D. 1999. La religion en mouvement : le pèlerin et le converti. Paris, Flammarion.
Löw, M. 2015. Sociologie de l’espace. Paris, MSH.
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