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L'intelligence artificielle a-t-elle un genre?

JF

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Julien Fontaine-Binette : UQAM - Université du Québec à Montréal

Résumé de la communication

Alors que l’intelligence artificielle (IA) devient un sujet de plus en plus présent dans nos productions culturelles, cette communication propose une analyse des figures «féminines» dans quatre productions cinématographiques et télévisuelles. Si la plupart des productions culturelles posent l’IA comme un questionnement sur l’identité, les rapports de force, la conscience, le corps, la mort, certaines productions vont aussi interroger les rapports de genre en déployant des personnages féminins, souvent stéréotypés, qui incarnent des IA. Les thématiques abordées dans les productions culturelles touchant les questions de genre montrent des IA parfaites et séduisantes (Ex machina, 2014); amoureuses, mais désincarnées (Her, 2013); violées et en choc post-traumatique (Westworld, 2016); servantes et dociles (Humans, 2015). En formant quatre idéal-types d’IA «féminines», notre analyse, informée par la théorisation féministe (Haraway, 1984; Adam, 2001; Lafontaine, 2003) propose que les représentations des IA «féminines» dans ces quatre films ou séries télévisuelles perpétuent une pensée hétéronormative et genrée qui est issue des considérations scientifiques et techniques de l’IA. Ainsi, nous montrons que les représentations culturelles de l’IA, au delà de la question de leur réalisme, mettent en lumière les structures symboliques qui formatent une vision genrée de la société.

Résumé du colloque

Ce colloque s’intéresse aux techniques et aux sciences dans la mesure où elles jouent un rôle structurant dans les systèmes symboliques de l’Occident moderne. Sans négliger le fait que les mythes sont d’abord des ensembles de signes (Barthes, 1957) et de paroles (Detienne, 1981), il propose de considérer les mythologies comme des matrices (Bouchard, 2007) ou des systèmes de pensée (Vernant, 2004) profondément enracinés dans l’ensemble des structures sociales et culturelles : institutions, imaginaires, pratiques quotidiennes, formes de corporéité, etc. Or, une grande part des mythologies de la modernité prend appui sur un système technicien et un imaginaire scientifique de plus en plus puissants. Ellul affirmait, en 1973, que ceux-ci avaient pris le relais de la transcendance chrétienne dans la structuration du rapport au monde. D’autres auteurs (Mumford, 2010; Miquel et Ménard, 1988; Musso, 2017) se sont appliqués à montrer que les développements techniques ont systématiquement contribué à la structuration de systèmes symboliques singuliers, y compris au cœur du monde chrétien. La science, son langage et ses découvertes y participent également en offrant aujourd’hui un cadre interprétatif global, que l’on trouve dans les discours de vulgarisation scientifique (Stoczkowski, 1994) comme dans les œuvres de fiction (Chassay, 2013).

Sous les termes mythologies techniques et scientifiques, on cherche à interroger des types de rapport au monde tels qu’ils sont affectés par des objets, des savoirs et des pratiques associés au dispositif technoscientifique. Les communications présentées dans ce colloque s’intéressent aux transformations des conceptions de la vie, de la mort et du temps engendrées par les techniques et les sciences, aux imaginaires du vivant et du corps en relation avec les biotechniques, aux représentations des nouvelles technologies dans les productions culturelles, aux idéologies qui supportent les imaginaires scientifiques et techniques ainsi qu’aux diverses formes de sacralisation de la technique et de la science dans le monde contemporain.

Contexte

section icon Thème du congrès 2018 (86e édition) :
Célébrer la pensée libre
manager icon Responsables :
Eve Paquette
section icon Date : 9 mai 2018

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