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Robert Talbot : Commissariat aux langues officielles
À la fin de la Grande Guerre (1914-1918), les Canadiens anglophones et francophones étaient plus divisés que jamais. Motivés par la volonté d’aider à panser les blessures de la crise d’unité nationale, mais aussi par un pragmatisme intéressé, des professionnels et des hommes d’affaires anglophones et francophones ont cherché à interagir davantage les uns avec les autres après la guerre, par l’entremise d’organismes de la société civile par exemple. Entre autres, la Chambre de commerce de Montréal et la Chambre de commerce du Canada fournissaient aux anglophones et aux francophones de la classe moyenne et de la haute société des occasions informelles d’interagir de façon positive. D’une part, ces hommes d’affaires savaient que les collaborations interculturelles pouvaient profiter à leurs intérêts de classe communs. D’autre part, leurs actions étaient également influencées par le nouveau nationalisme civique d’après-guerre. Les dirigeants d’association étaient souvent poussés par la conviction selon laquelle, en tant que nation autonome, le Canada devait être doté de sa propre association nationale d’hommes d’affaires, de médecins, d’avocats ou d’autres professionnels, selon le cas. De plus, ils comprenaient que pour avoir une portée véritablement nationale, ces associations devaient représenter de manière significative la dualité linguistique du Canada.
Selon une vision courante de l’histoire récente du Québec, une classe « patronale » anglophone unilingue y dirigeait une classe ouvrière francophone sous-payée. Certains aspects de ce modèle cadrent bel et bien avec le passé, surtout dans certaines « villes de compagnie », ou villes industrielles planifiées, de la province. En effet, à compter du milieu des années 1800, des anglophones ont planifié et établi plusieurs collectivités dans toute la province, dont Arvida, Shawinigan Falls, Asbestos et Témiscaming. La ville de Saguenay repose en partie sur ce modèle d’aménagement. Deux importantes villes d’entreprise planifiées y ont été établies : celle de Kénogami, implantée par la Price Brothers en 1910, et celle d’Arvida, construite par l’Aluminum Company of America (Alcoa) en 1926.
Toutefois, en examinant de plus près ces lieux ainsi que d’autres villes de compagnie, on s’aperçoit que la trame narrative de la dominance anglophone manque de nuance. En fait, des anglophones de toutes les classes étaient présents dans ces collectivités dès leurs débuts. Plusieurs francophones dirigeaient des industries importantes. La classe ouvrière bénéficiait parfois d’excellentes conditions de travail. Enfin, lorsque l’on regarde aujourd’hui certaines anciennes villes de compagnie, on constate que les inégalités économiques d’autrefois se sont résorbées, voire inversées. Plusieurs communautés anglophones de la province présentent un taux de chômage plus élevé que les francophones, et de faibles indicateurs de vitalité communautaire.
Ce mini-colloque à l’ACFAS portera sur les mythes et réalités concernant les villes d’entreprise québécoises, les conséquences de cet héritage et son l’influence sur les relations ethnolinguistiques au Québec à l’heure actuelle, ainsi que les réalités d’aujourd’hui dans ces collectivités. Le colloque est organisé par le Réseau de recherche sur les communautés québécoises d’expression anglaise (QUESCREN) à l’Université Concordia, en partenariat avec le Quebec Community Groups Network (QCGN) et le Réseau du patrimoine anglophone du Québec (RPAQ).
Le colloque sera suivi par deux activités hors ACFAS : une visite commentée d’Arvida et de Kénogami (le 9 mai en après-midi) et une table ronde à laquelle prendront part des leaders communautaires anglophones de la région (le 10 mai). Pour plus de détails sur ces activités, consultez la page Web à cette adresse : https://tinyurl.com/english-boss.