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Jacques Cherblanc : UQAC-Université du Québec à Chicoutimi
En éducation, l’intérêt pour la spiritualité est largement partagé dans les milieux anglo-saxons : on prend pour acquis le nécessaire développement spirituel de l’élève (Roehlkepartain, 2006 ; Ouellet, 2008; de Souza, 2006; Carr et Haldane, 2003; Wright, 2001; Erriker, 2001). Ce lien entre éducation et spiritualité prend appui sur une vision humaniste de l’éducation qui vise à développer l’intégralité de l’élève pour le faire grandir (Best, 1996, Wenman, 2001, Miller, 2000, Glazer, 1999; Webster, 2003).
Au Québec, le «cheminement spirituel de l’élève» est aujourd’hui, en théorie, «une visée fondamentale» de l’éducation primaire et secondaire (CAR, 2007). Cette visée est inscrite dans la Loi sur l’instruction publique (LRQ, article 36) et un service complémentaire obligatoire lui est même consacré : le Service d’animation spirituelle et d’engagement communautaire – ou SASEC – (Cherblanc, 2005).
Toutefois, dans la pratique, qui se préoccupe du cheminement spirituel des élèves ? Le SASEC, lorsqu’il est encore présent, évolue vers la formation citoyenne et aucun spécialiste n’est outillé pour accompagner les élèves dans ce cheminement bien particulier, surtout au primaire. Cette communication présentera les enjeux actuels de cette intégration du spirituel dans l’éducation publique au Québec et se penchera sur les défis qui entourent l’ajout de cette dimension dans la formation des enseignants du primaire, notamment en lien avec le cours d’éthique et culture religieuse.
Depuis près d’une vingtaine d’années, quelques pays ont choisi d’offrir une formation culturelle (c’est-à-dire non confessionnelle) aux faits religieux. Offert de façon optionnelle ou obligatoire, ce type d’enseignement culturel du fait religieux se donne notamment en Espagne, dans certains cantons suisses et au Québec. Cet enseignement du phénomène religieux soulève toutes sortes d’enjeux aujourd’hui : la formation des enseignants, leur posture éthique, la prise en compte de la diversité des pratiques et des convictions, la tension entre science et croyances, etc.
Cette formation religieuse non confessionnelle pose en particulier des défis inédits en ce qui concerne la posture des enseignants. Généralement invités à faire preuve de « neutralité », les enseignants se trouvent de facto confrontés à différentes manifestations de croyances en classe qui mettent à l’épreuve au quotidien ce devoir d’objectivité et d’impartialité. En outre, les enseignants sont eux-mêmes porteurs de diverses convictions dont ils doivent limiter l’effet sur leur enseignement.
Les enseignants sont aussi interpellés par les croyances plurielles des enfants ou de leurs parents, notamment celles qu’on peut qualifier de « fondamentalistes » ou « radicales »; ces croyances peuvent d’ailleurs être religieuses ou non (ex. : négation de divers savoirs scientifiques au profit d’une conception religieuse, promotion d’une idéologie xénophobe, homophobe ou complotiste, etc.).
Cette « neutralité » peut aussi être mise en question sous d’autres angles par la quête spirituelle d’élèves, laquelle est susceptible de déstabiliser l’enseignant « neutre » de culture religieuse. Pourtant, de nombreux systèmes éducatifs reconnaissent la nécessité de favoriser le développement spirituel des élèves. Alors, dans quelle mesure une école laïque peut-elle encourager le développement spirituel de ses élèves? Et quel est ou devrait être le rôle des enseignants de culture religieuse dans ce développement?
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