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Louisa Blair : Université Laval
Cette présentation s’appuie sur une analyse documentaire, une histoire familiale orale et écrite, des articles de journaux et des entrevues menées auprès de travailleurs et d’habitants anglophones du Saguenay. Il porte sur mon arrière-arrière-grand-père Robert Blair, qui a émigré d’Écosse en 1835. Arrivé à Grande-Baie en 1842 en coche d’eau, il est engagé par William Price pour exploiter une ferme qui ravitaille les bûcherons et travailleurs d’usine. Il cultive 800 acres, teste plusieurs races de bétail et de chevaux, ainsi que des engrais et des céréales. Il exploite aussi la scierie de Grande-Baie pendant près de 40 ans. Ses enfants, ses petits-enfants et ses arrière-petits-enfants continuent de travailler pour la Price Brothers jusqu’aux années 1980. Je me sers également de l’histoire de Robert Blair pour m’arrêter sur son patron, William Price, et ses employés – des travailleurs d’usine et des bûcherons. À travers son histoire, j’évoque le système de justice pénale ainsi que le développement d’institutions locales dans lesquelles Robert Blair jouait un rôle, notamment le bureau de poste, l’église presbytérienne, les écoles, la municipalité de Saint-Alexis et le premier bataillon de Chicoutimi.
Selon une vision courante de l’histoire récente du Québec, une classe « patronale » anglophone unilingue y dirigeait une classe ouvrière francophone sous-payée. Certains aspects de ce modèle cadrent bel et bien avec le passé, surtout dans certaines « villes de compagnie », ou villes industrielles planifiées, de la province. En effet, à compter du milieu des années 1800, des anglophones ont planifié et établi plusieurs collectivités dans toute la province, dont Arvida, Shawinigan Falls, Asbestos et Témiscaming. La ville de Saguenay repose en partie sur ce modèle d’aménagement. Deux importantes villes d’entreprise planifiées y ont été établies : celle de Kénogami, implantée par la Price Brothers en 1910, et celle d’Arvida, construite par l’Aluminum Company of America (Alcoa) en 1926.
Toutefois, en examinant de plus près ces lieux ainsi que d’autres villes de compagnie, on s’aperçoit que la trame narrative de la dominance anglophone manque de nuance. En fait, des anglophones de toutes les classes étaient présents dans ces collectivités dès leurs débuts. Plusieurs francophones dirigeaient des industries importantes. La classe ouvrière bénéficiait parfois d’excellentes conditions de travail. Enfin, lorsque l’on regarde aujourd’hui certaines anciennes villes de compagnie, on constate que les inégalités économiques d’autrefois se sont résorbées, voire inversées. Plusieurs communautés anglophones de la province présentent un taux de chômage plus élevé que les francophones, et de faibles indicateurs de vitalité communautaire.
Ce mini-colloque à l’ACFAS portera sur les mythes et réalités concernant les villes d’entreprise québécoises, les conséquences de cet héritage et son l’influence sur les relations ethnolinguistiques au Québec à l’heure actuelle, ainsi que les réalités d’aujourd’hui dans ces collectivités. Le colloque est organisé par le Réseau de recherche sur les communautés québécoises d’expression anglaise (QUESCREN) à l’Université Concordia, en partenariat avec le Quebec Community Groups Network (QCGN) et le Réseau du patrimoine anglophone du Québec (RPAQ).
Le colloque sera suivi par deux activités hors ACFAS : une visite commentée d’Arvida et de Kénogami (le 9 mai en après-midi) et une table ronde à laquelle prendront part des leaders communautaires anglophones de la région (le 10 mai). Pour plus de détails sur ces activités, consultez la page Web à cette adresse : https://tinyurl.com/english-boss.