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Malaka Rached-D'astous : Université de Montréal
Le recours aux facteurs de risque traditionnels s’avère d’une faible utilité pour cerner les sources de vulnérabilité pour le développement des enfants d’immigrants, comme pour proposer des solutions adéquates. Plus que la pauvreté, la réduction des réseaux de solidarité au fil du parcours migratoire, et l’isolement qui en résulte, fragiliseraient la santé et le bien-être. Cette communication se base sur les résultats d’une étude de cas multiple réalisée à la Maison de l’enfance afin d’explorer cette hypothèse au sujet des sources relationnelles de « risque » pour le développement des enfants d’immigrants. Afin d’atténuer les effets délétères de l’isolement, ce centre de pédiatrie sociale et communautaire propose en effet de récréer des liens et des réseaux autour des familles. Des entretiens réalisés avec 13 mères et 5 pères permettent d’accéder à leurs expériences et à leurs représentations de ce « travail relationnel », transversal aux différents services et activités offerts. D’une part, l’analyse des liens établis et du contenu transmis permet une lecture dynamique des effets observés par les parents sur le développement, dans le quotidien familial et sur le processus d’établissement. D’autre part, ce travail de reconstruction et de substitution de liens réalisé dans l’interface des services redessine les frontières et les rôles des réseaux « formels » et « informels » en contexte d’immigration.
La notion de travail relationnel traverse les frontières des champs disciplinaires (p. ex., sociologie, travail social, administration, sciences infirmières). Parmi les travaux effectués sur la question, plusieurs ont en commun de considérer les interactions humaines et sociales comme le résultat d’un accomplissement actif entre des acteurs sociaux (Goffman, 1983; Strauss, 1993; Zelizer, 2012). Dans le monde des pratiques professionnelles (ex. santé, services sociaux, éducation), le travail relationnel est un élément constitutif de la relation d’aide comme des interventions à plus grande échelle. Qu’il s’agisse des professionnels de « métiers relationnels » (Doucet et Viviers, 2016) ou des intervenants « de première ligne » (Lipsky, 2010; Maynard-Moody et Musheno, 2003), ces praticiens réalisent des tâches reposant sur des interactions avec un client, un usager ou un citoyen. Il en va de même des gestionnaires qui soutiennent ces intervenants (Feldman et Khademian, 2007). De plus en plus appelés à travailler « en réseau » (Brossard et White, 2016), tous ces acteurs participent à des dynamiques avec d’autres praticiens qui reposent sur un travail relationnel (Dupuis et Farinas, 2009). Or, un des traits importants de ce travail est son invisibilité relative (Fletcher, 2001; Star et Strauss, 1999). Il est souvent tenu pour acquis et difficile à rationaliser par des procédures organisationnelles de mesure de la performance (Fletcher, 2001; Star et Strauss, 1999). Le travail relationnel est aussi au cœur des interactions plus intimes qui ont cours au sein de la sphère privée, comme dans la famille et dans les réseaux d’amitié. Reposant sur des réseaux informels, il est réalisé dans le « travail de care » ou le « travail domestique de santé » (Cresson, 2004; Damamme et Paperman, 2009). Ses aspects émotionnels, comme l’empathie ou la préoccupation pour autrui, rendent difficile son entière objectivation et sa rationalisation, puisque ces dimensions ne peuvent s’évaluer ni se mesurer par les outils de l’économie traditionnelle (Dusset, 2003; Folbre et Nelson, 2000; Madörin, 2003). Par ailleurs, l’analyse du travail relationnel tend à demeurer compartimentée dans ses dimensions formelles ou informelles, ne permettant pas de bien saisir l’articulation de celles-ci ni la multiplicité des liens entre les différents acteurs concernés (p. ex., individus, familles, organisations, collectivité).
Ce colloque vise à analyser la notion de travail relationnel à partir de différentes perspectives, recherches empiriques et expériences terrains afin d’éclairer sa nature complexe et processuelle. Ce colloque sollicite des contributions provenant de différentes disciplines en sciences sociales et humaines pouvant porter sur : 1) les multiples formes du travail relationnel (ex. relation d’aide, « travail réseau »); 2) ses répertoires de moyens (p. ex., stratégies relationnelles, ressources, normes, valeurs, idéologies); et 3) ses configurations (p. ex., réseaux, collaboration, partenariat).
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