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Emmanuelle Fantin : Sorbonne Université
Le musée national de l’histoire de l’immigration a été lancé en France en 2007, avec la volonté de faire évoluer les opinions sur l’immigration. En dehors des nombreuses expositions ou rencontres proposées au sein de cette institution, le musée possède également un site web livrant une multitude de contenus pédagogiques, historiques, illustratifs, etc. Parmi ces contenus, la galerie de portraits d’immigrants, intitulée « Histoires singulières » - qui possède également un autre site web dédié-, a retenu mon attention, notamment parce qu’elle se présente comme une galerie de portraits reflétant « la richesse et la diversité de l'immigration en France ». Or, en regardant de près ces portraits, on s’aperçoit que la nostalgie y occupe une place bien ambiguë - souvent évoquée pour être expressément rejetée - que je me propose d’étudier. Comment ces portraits médiatiques d’immigrés évoquent-ils la nostalgie ? Quel imaginaire de l’immigré et de son rapport à la nostalgie émerge à partir de ce dispositif au sein d’un musée national ? Je m’interrogera sur l’ambivalence de la nostalgie dans le récit de vie des immigrants, et plus particulièrement, sur la manière dont les sentiments nostalgiques sont relégués au second plan ou atténués, au profit d’une vision plus apaisée et sans regret de l’immigration en France. Je questionnerai ensuite la manière dont les souvenirs transculturels et dont la singularité de chaque témoignage est standardisée par le dispositif médiatique et narratif.
De la rétro-photographie aux expositions commémoratives, des communautés en et hors ligne au cinéma, le spectre des manifestations nostalgiques est désormais large et diversifié. Les modalités médiatiques de la nostalgie sont complexes, qu’elles se déploient à travers une visée politique (un groupe de nostalgie postsoviétique sur Facebook), relationnelle (les réfugiés qui utilisent un mobile pour rester connectés avec leur famille), mémorielle (un programme de télévision rediffusé), esthétique (les films de famille numériques vieillis au moyen d’un filtre sépia) ou encore commerciale (les rééditions augmentées de certains classiques de musique rock; certaines séries télévisées de Netflix). La nostalgie est un phénomène protéiforme dont les expressions oscillent entre sentiment intime et mouvances collectives, entre le regard joyeusement attristé sur le passé et le désir de retourner ou d’aller pour la première fois dans son pays. Les nouvelles technologies, les médias et les réseaux sociaux peuvent susciter la nostalgie, et ils sont devenus des espaces pour la partager ou l’adoucir.
Si les réflexions sur les liens qu’entretiennent les cultures médiatiques avec la nostalgie ont pris une place considérable ces dernières années en sciences humaines et sociales, elles se sont principalement développées à travers des publications en anglais ou en allemand. Les publications en français sont pour l’essentiel issues de l’anthropologie ou de la littérature. Peu de publications en langue française proposent de porter un regard critique sur la nostalgie et son lien avec la mémoire, les médias, les nouvelles technologiques et les réseaux sociaux en ligne. Dans une perspective transdisciplinaire, ce colloque rassemblera et confrontera les recherches émergentes de chercheurs, artistes ou professionnels francophones qui réfléchissent à la question en portant attention aux dimensions médiatiques et communicationnelles des thématiques suivantes :
1) Approches historiques, méthodologiques et théoriques de la nostalgie.
2) La place de la nostalgie dans l’histoire culturelle, ses rapports avec la mémoire, les souvenirs et l’oubli, la mélancolie, l’utopie ou la dystopie.
3) Les liens entre la nostalgie, les médias et les technologies de la communication.
4) La politisation de la nostalgie (dans les discours d’information et les communautés en ligne) ou les nostalgies de mouvements politiques.
5) La marchandisation nostalgique du passé ou des souvenirs du passé par les industries médiatiques.
6) La nostalgie créative et artistique, ses configurations et effets esthétiques.
7) La nostalgie institutionnelle (patrimoine, archives, musées).