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Pierre-Élie Hupé : Université Laval
Reprenant les ordres de grandeur développés par Thévenot et Boltanski (1991) dans leur étude des modes de valorisation en milieu entrepreneurial, Lamont (1995) les a couplés à l’analyse des frontières symboliques pour produire une cartographie de la morale des cadres en France et aux États-Unis. Lamont démontre ainsi que la disponibilité des répertoires d'évaluation suit notamment les divisions nationales, mais surtout différentes moralités. Les agents choisissent parmi un éventail d'outils culturels sans être directement déterminés par une représentation tributaire d'une position sociale, ce qui met en perspective les variations interindividuelles dans les pratiques culturelles d’une même classe sociale (Swidler, 2010).
Différents outils culturels permettent de marquer les frontières : la tradition culturelle nationale, l'influence relative d'organisations de diffusion culturelle telles que les organisations religieuses les médias de masse, le système d'éducation ou des éléments structurels (Berger, 1995; Lamont, 1995). Aujourd’hui, je présenterai comment l’approche par les ordres de grandeur et les frontières symboliques représente une méthode privilégiée, dans un contexte de pluralisation, pour cerner les frontières entre les groupes et les types de liens qui lient leurs membres, pour dégager le socle national des expériences singulières, tout en éclairant d’autres niveaux de clivage au-delà des nations ou à l’intérieur de groupes plus restreints (Lamont & Thévenot, 2000).
Si la pluralité des valeurs et des appartenances n’est pas un phénomène nouveau, notre époque se caractérise cependant par une conscience nouvelle de cette pluralité, alors que deviennent visibles et audibles des modes de vie, des croyances ou des formes de savoir qui étaient autrefois niés, exclus ou cachés. Cette transformation contribue à une intensification de la pluralisation et touche, module et marque la vie des individus, des groupes et des institutions, et ces derniers contribuent réciproquement à cette diversification (Ritzer et Jurgenson, 2010; Maclaughlin et al., 2011; Roy, 2012; McMillan et al., 2013; Meissner, 2016). Depuis plusieurs années, la pluralité et les enjeux du vivre-ensemble suscitent l’intérêt des chercheurs, mais les interrogations sur les processus qui participent à la pluralisation restent néanmoins à investir.
L’une des dimensions les plus récentes de ces processus de pluralisation est le développement d’une conscience de la pluralité, autant chez les individus, les groupes que les institutions (O’Rourke et Williamson, 2002; Hopper, 2007). Ce colloque vise à examiner les différentes médiations entre la pluralisation comme phénomène objectif et comme expérience subjective, en se penchant plus précisément sur les actions, les récits ou les espaces qui sont en jeu dans le développement de cette conscience (Ricœur, 2000; Habermas, 1978). De fait, c’est à travers ces médiations que les individus, groupes ou institutions interprètent et donnent sens au phénomène de pluralité.
À partir d’une diversité de contextes, terrains et perspectives disciplinaires, nous proposons donc de réfléchir aux questions suivantes : comment les individus, les groupes ou les institutions manifestent-ils ou donnent-ils à voir leur conscience nouvelle de la pluralité? À travers quelles médiations (récits, actions, espaces)? Comment cette conscience se développe-t-elle? En quoi ce développement a-t-il réciproquement le potentiel de contribuer à la pluralisation?
Titre du colloque :