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Emilie Ropert Dupont : Université Paris-Panthéon-Assas
Nous proposons pour cette communication de restituer les résultats de l’étude qui a donné lieu à la publication de l’ouvrage "Journalisme et réalité virtuelle. Émotion ou information ?". Il s’agira de parcourir une typologie des discours recueillis dans des contextes variés, et complétés par une observation participante réalisée sur plusieurs productions journalistiques en réalité virtuelle (comprenant l’analyse détaillée de quatre cas).
Le travail d’enquête a permis de mettre en évidence deux idées phares, qui seront exposées au moyen d’un appareillage théorique emprunté aux Sciences de l’Information de la Communication, avec une attention particulière portée sur le concept d’empathie (empathie spectatorielle, immersion, réalité et actualité, réalité virtuelle, expérience médiatique).
Au terme de cette communication, nous proposons de resituer la place du journaliste comme médiateur face à la puissance affective provoquée par l’expérience de la réalité virtuelle et de questionner la relation entre émotion et connaissance dans la production audiovisuelle de l’actualité.
Cœurs, emoji, « likes » sur Facebook et ailleurs. Les dispositifs numériques permettent à chacun d’énoncer ses émotions par des signes spécifiques s’inscrivant aujourd’hui dans nos échanges quotidiens (Allard, 2014). Les organisations et les marques ont su s’emparer de ce phénomène et s’appuient sur ces marqueurs émotionnels dans leurs communications en ligne. Si les plateformes dominantes du Web, ainsi que les discours propres aux professionnels du marketing et de la communication, emploient la notion d’« émotion », il convient de tracer ses limites. Les recherches en psychologie inscrivent en effet celle-ci dans le spectre cognitif d’un individu (Scherer, 2005). On peut cependant considérer que, dans un contexte d’économie de l’attention, le recours à ces signes émotionnels ne vise pas qu’à partager ce que l’on ressent, mais aussi à produire un effet sur ceux à qui l’on s’adresse. La notion d’affect, entendue comme ce qui circule entre les corps, voire les objets et les corps, afin d’avoir un effet sur eux (Ahmed, 2004), est alors pertinente pour observer ce qui circule par les interfaces des plateformes numériques. Un Web affectif se dessine ainsi (Alloing et Pierre, 2017), et la gestion comme l’expression de nos affects deviennent des leviers de marché autant que des compétences socioprofessionnelles (Martin-Juchat, 2014). Dans ce contexte de communication affective numérique, la relation entre les marques et leurs publics ou clients intègre ces codes émotionnels afin d’optimiser au mieux leur présence numérique et leur réputation (Alloing, 2016).
Ce colloque souhaite étudier et mettre en perspective le tournant affectif et émotionnel du Web, et plus largement de l’économie du numérique. En quoi les dispositifs numériques permettent-ils réellement de produire et faire circuler des affects ou des émotions? Comment les organisations s’insèrent-elles dans ce Web affectif? Quelle éthique de la « donnée affective »?
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