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Delphine Dupré : Université Bordeaux Montaigne
Le thème des violences numériques envers les femmes a acquis une visibilité dans l’espace médiatique à partir des années 2010 à travers plusieurs récits d’adolescentes s’étant suicidées après de longs et douloureux épisodes de cyber harcèlement (Bellon et Gardette, 2013). Néanmoins, des études scientifiques ont rapidement révélé que, loin de constituer une spécificité des conversations entre jeunes, les manifestations de misogynie imprègnent l’ensemble des espaces d’expression numériques : forums de jeux vidéos, médias sociaux, sites de presse en ligne etc. (Jane, 2016).
Ce travail propose une revue de la littérature structurée visant à documenter la manière dont la misogynie est actualisée et potentialisée par le web. A partir d’une approche critique en communication (Granjon, 2014) et d’un corpus pluridisciplinaire (histoire, sociologie et sciences de l’information et de la communication), nous envisagerons différentes conceptualisations de ce phénomène. Dans une deuxième partie, nous recenserons les différentes manifestations de cyber misogynie, leurs spécificités ainsi que leurs conséquences sur l’espace public numérique.
Cœurs, emoji, « likes » sur Facebook et ailleurs. Les dispositifs numériques permettent à chacun d’énoncer ses émotions par des signes spécifiques s’inscrivant aujourd’hui dans nos échanges quotidiens (Allard, 2014). Les organisations et les marques ont su s’emparer de ce phénomène et s’appuient sur ces marqueurs émotionnels dans leurs communications en ligne. Si les plateformes dominantes du Web, ainsi que les discours propres aux professionnels du marketing et de la communication, emploient la notion d’« émotion », il convient de tracer ses limites. Les recherches en psychologie inscrivent en effet celle-ci dans le spectre cognitif d’un individu (Scherer, 2005). On peut cependant considérer que, dans un contexte d’économie de l’attention, le recours à ces signes émotionnels ne vise pas qu’à partager ce que l’on ressent, mais aussi à produire un effet sur ceux à qui l’on s’adresse. La notion d’affect, entendue comme ce qui circule entre les corps, voire les objets et les corps, afin d’avoir un effet sur eux (Ahmed, 2004), est alors pertinente pour observer ce qui circule par les interfaces des plateformes numériques. Un Web affectif se dessine ainsi (Alloing et Pierre, 2017), et la gestion comme l’expression de nos affects deviennent des leviers de marché autant que des compétences socioprofessionnelles (Martin-Juchat, 2014). Dans ce contexte de communication affective numérique, la relation entre les marques et leurs publics ou clients intègre ces codes émotionnels afin d’optimiser au mieux leur présence numérique et leur réputation (Alloing, 2016).
Ce colloque souhaite étudier et mettre en perspective le tournant affectif et émotionnel du Web, et plus largement de l’économie du numérique. En quoi les dispositifs numériques permettent-ils réellement de produire et faire circuler des affects ou des émotions? Comment les organisations s’insèrent-elles dans ce Web affectif? Quelle éthique de la « donnée affective »?
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