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Vanessa Ferey : UQAM - Université du Québec à Montréal
Malgré la pluralité des paradigmes en muséologie, la complexité des appartenances et des valeurs partagées à travers l’histoire de la muséographie du XVIIIe siècle à nos jours étonne encore. D’Europe et d’Amérique du Nord, les collections de naturalias issues des Premières Nations datant de la Nouvelle-France s’articulent comme les témoins matériels de médiations individuelles et collectives d’une « Amérique française ». Entre présence et absence, ces artefacts participent à la conscientisation de l’espace muséal partagé entre la France et l’Amérique du Nord. Une pluralité des formes de savoir de la muséologie se développe, notamment via l’accroissement des études muséales entre les deux continents, et opère selon deux processus. D’une part, les collections muséales françaises incarnent une transformation des sensibilités aux patrimoines nord-américains à travers une intensification des rapports culturels et politiques transatlantiques dont témoignent aussi les archives. D’autre part, des individus aux institutions, les acteurs se destinent au musée dans une ardente volonté de préservation et valorisation de ces biens culturels amérindiens, de manière subconsciente et non avouée, ou encore par défi et provocation. À partir d’entrevues, une autre historiographie se dessine et révèle une médiation vouée au partage d’expériences subjectives autour d’une mémoire collective du musée.
Si la pluralité des valeurs et des appartenances n’est pas un phénomène nouveau, notre époque se caractérise cependant par une conscience nouvelle de cette pluralité, alors que deviennent visibles et audibles des modes de vie, des croyances ou des formes de savoir qui étaient autrefois niés, exclus ou cachés. Cette transformation contribue à une intensification de la pluralisation et touche, module et marque la vie des individus, des groupes et des institutions, et ces derniers contribuent réciproquement à cette diversification (Ritzer et Jurgenson, 2010; Maclaughlin et al., 2011; Roy, 2012; McMillan et al., 2013; Meissner, 2016). Depuis plusieurs années, la pluralité et les enjeux du vivre-ensemble suscitent l’intérêt des chercheurs, mais les interrogations sur les processus qui participent à la pluralisation restent néanmoins à investir.
L’une des dimensions les plus récentes de ces processus de pluralisation est le développement d’une conscience de la pluralité, autant chez les individus, les groupes que les institutions (O’Rourke et Williamson, 2002; Hopper, 2007). Ce colloque vise à examiner les différentes médiations entre la pluralisation comme phénomène objectif et comme expérience subjective, en se penchant plus précisément sur les actions, les récits ou les espaces qui sont en jeu dans le développement de cette conscience (Ricœur, 2000; Habermas, 1978). De fait, c’est à travers ces médiations que les individus, groupes ou institutions interprètent et donnent sens au phénomène de pluralité.
À partir d’une diversité de contextes, terrains et perspectives disciplinaires, nous proposons donc de réfléchir aux questions suivantes : comment les individus, les groupes ou les institutions manifestent-ils ou donnent-ils à voir leur conscience nouvelle de la pluralité? À travers quelles médiations (récits, actions, espaces)? Comment cette conscience se développe-t-elle? En quoi ce développement a-t-il réciproquement le potentiel de contribuer à la pluralisation?
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