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Pierre Barrette : UQAM - Université du Québec à Montréal
Comme l’ont démontré la sémio-pragmatique de Roger Odin et les travaux de François Jost sur les genres, il n’y a rien dans l’image médiatique qui surdétermine ontologiquement son lien avec la réalité ; une image n’est jamais "fictionnelle" ou "documentaire" en soi, c’est le contexte seul qui est à même de révéler ce statut. Presque depuis les débuts de l’audio-visuel, des genres comme la fiction historique, le docu-fiction ou le faux-documentaire ont délibérément joué sur la frontière réel/fiction, mais c’est plus récemment que les phénomènes décrits par Hervé Glevarec comme le Trouble dans la fiction ("l’effet de réel") ou présentés par John Corner comme le documentary as diversion sont devenus si proéminents. Les phénomènes en question ne sont nulle part plus visibles que dans les nouveaux formats hybrides de la télévision. De la sitcom dont l’écriture scénaristique table sur l’identité réelle des protagonistes (Tout sur moi, Les Morissette, Les Beaux malaises) au talk-show scénarisé (Les enfants de la télé, 1ères fois) en passant par la pléthore d’émissions de téléréalité qui combinent une promesse forte d’authenticité au storytelling le plus insistant (La Voix, Occupation Double), la présente communication travaillera à démontrer que ces formats partagent tous, outre une hybridation fiction-réel, une préoccupation fondamentale pour la personnalisation qui n’est étrangère au nouveau rapport de la visibilité médiatique à la célébrité telle que l’a analysé Nathalie Heinich.
Ce colloque proposera un état des lieux des télévisions au Québec, à l’ère d’une transformation des paysages médiatiques et législatif au pays. Le terme « télévisions » est ici employé au pluriel afin de tenir compte du fait que la « télévision au Québec » recouvre plusieurs réalités distinctes. Il sera donc certes question de la production québécoise francophone dominante, mais également de la production anglophone — notamment des séries canadiennes-anglaises souvent tournées à Montréal — et des émissions autochtones produites au Québec. Plus généralement, cet événement s’intéressera aux trois grands pôles de la communication télévisuelle (production, contenus, réception).
Les récentes transformations technologiques et réglementaires apportées au système de télédiffusion canadien ont contribué à une mutation des pratiques spectatorielles et des stratégies de production mises au point afin d’attirer le public local, lequel consacre une part très importante de son temps de visionnement à des émissions étrangères. Toutefois, bien que les inquiétudes devant la survie des télévisions locales au sein d’une économie et d’une culture transnationales soient justifiées, force est d’admettre que le cas de la télévision québécoise semble défier certains pronostics. Alors que les cotes d’écoute pour des productions locales sont en baisse dans une majorité de territoires, celles-ci paraissent relativement stables au Québec, en particulier dans le domaine du divertissement et des fictions (source : Numeris).
La télévision au Québec exige donc une étude tenant compte des enjeux qui menacent sa survie et sa rentabilité comme de ses stratégies d’adaptation. L’objectif de ce colloque sera aussi de réfléchir aux effets potentiels des récentes modifications des politiques canadiennes concernant la culture et la radiodiffusion pour le maintien d’une télévision de proximité (Dhoest, 2013; Straubhaar, 2007, 2010), à l’instar de celle du Québec ou des peuples autochtones.
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