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Anna Tible : Université Sorbonne Paris Nord
La création de la première cinémathèque de télévision, en France, dans les années 1950, répond à la volonté des journalistes et producteurs, dès les débuts de la programmation télévisée, de réutiliser des extraits diffusés dans de nouveaux formats, qui veulent répondre au « goût pour le passé1 » grandissant des téléspectateurs.
Les processus de production audiovisuelle participent à la construction d’une identité collective, à travers une certaine nostalgie audiovisuelle (Fantin, Le Hégarat, 2016). Les archives conservées dans les institutions publiques de l’INA (à partir de 1975), en France, et de la RAI-Teche (à partir de 1995), en Italie, semblent particulièrement utilisées pour l’écriture particulière de l’histoire définie par les médias audiovisuels (Niemeyer, 2010).
Avec le tournant numérique pris par l’INA et la RAI, dans les années 2000, les sources audiovisuelles deviennent plus accessibles au grand public, à travers la mise en ligne d’une partie d’entre elles. De nouvelles pratiques de valorisation sont mises en place en faveur de ces nouveaux biens culturels (Bonaccorsi, Croissant, 2015). Quel peut alors être le rôle des outils créés par les documentalistes de la RAI et à l’INA dans le développement d’une certaine nostalgie, voire d’une mémoire collective audiovisuelle ?
De la rétro-photographie aux expositions commémoratives, des communautés en et hors ligne au cinéma, le spectre des manifestations nostalgiques est désormais large et diversifié. Les modalités médiatiques de la nostalgie sont complexes, qu’elles se déploient à travers une visée politique (un groupe de nostalgie postsoviétique sur Facebook), relationnelle (les réfugiés qui utilisent un mobile pour rester connectés avec leur famille), mémorielle (un programme de télévision rediffusé), esthétique (les films de famille numériques vieillis au moyen d’un filtre sépia) ou encore commerciale (les rééditions augmentées de certains classiques de musique rock; certaines séries télévisées de Netflix). La nostalgie est un phénomène protéiforme dont les expressions oscillent entre sentiment intime et mouvances collectives, entre le regard joyeusement attristé sur le passé et le désir de retourner ou d’aller pour la première fois dans son pays. Les nouvelles technologies, les médias et les réseaux sociaux peuvent susciter la nostalgie, et ils sont devenus des espaces pour la partager ou l’adoucir.
Si les réflexions sur les liens qu’entretiennent les cultures médiatiques avec la nostalgie ont pris une place considérable ces dernières années en sciences humaines et sociales, elles se sont principalement développées à travers des publications en anglais ou en allemand. Les publications en français sont pour l’essentiel issues de l’anthropologie ou de la littérature. Peu de publications en langue française proposent de porter un regard critique sur la nostalgie et son lien avec la mémoire, les médias, les nouvelles technologiques et les réseaux sociaux en ligne. Dans une perspective transdisciplinaire, ce colloque rassemblera et confrontera les recherches émergentes de chercheurs, artistes ou professionnels francophones qui réfléchissent à la question en portant attention aux dimensions médiatiques et communicationnelles des thématiques suivantes :
1) Approches historiques, méthodologiques et théoriques de la nostalgie.
2) La place de la nostalgie dans l’histoire culturelle, ses rapports avec la mémoire, les souvenirs et l’oubli, la mélancolie, l’utopie ou la dystopie.
3) Les liens entre la nostalgie, les médias et les technologies de la communication.
4) La politisation de la nostalgie (dans les discours d’information et les communautés en ligne) ou les nostalgies de mouvements politiques.
5) La marchandisation nostalgique du passé ou des souvenirs du passé par les industries médiatiques.
6) La nostalgie créative et artistique, ses configurations et effets esthétiques.
7) La nostalgie institutionnelle (patrimoine, archives, musées).
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