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Thomas Lecomte : Université de Montréal
Depuis les années 70 la pratique du piégeage a périclité suite aux critiques des militants de la cause animale. Ces attaques ont modifié durablement la « rhétorique habitante » des trappeurs (De Certeau, 1990).
C’est à partir d’une enquête de quatre mois auprès des trappeurs euro-descendants en activité au Québec que nous exposerons et analyserons la singularité de leur vécu territorial. En effet, l’équilibre précaire se créant autour des « terres de la couronne » et entremêlant les intérêts des trappeurs avec ceux des institutions gouvernementales, des habitants de la région et des visiteurs de passage, met en lien des « dynamiques d’habitabilité territoriale » très différentes.
C’est en définissant une esthétique nouvelle, en programmant la gestion technocratique de l’environnement, en revitalisant un vieil imaginaire collectif, ou en s’appuyant sur l’ancrage territorial et l’ancienneté de leur pratique pour se présenter comme des éducateurs locaux, que les trappeurs ont su développer leur « art de la résistance » (De Certeau 1990).
Ici, nous soutenons l’idée que l’émulation autour de la trappe témoigne d’une esthétique nouvelle produisant et diffusant du politique lorsqu’elle se saisit d’enjeux patrimoniaux pour esquisser une spécificité identitaire et rurale québécoise : cette même spécificité qui donne voix aux trappeurs lorsqu’ils doivent défendre leur mode d’habitation dans les rapports de forces qui s’expriment dans l’espace périphérique des « terres de la couronne ».
Comment qualifier un territoire d’habitable? Comment définir l’habitabilité territoriale et comment les organisations territoriales agissent, maintiennent, soutiennent ou freinent les processus de construction d’habitabilité? Ces questions se posent-elles différemment dans les marges et périphéries, et dans les centres, que ceux-ci soient en développement ou en récession? Quel rôle joue l’inventivité habitante dans ces processus? La question de l’habitabilité des territoires contemporains est épineuse. Face à la crise de l’habitat et du logement, à celle des migrations et des valeurs mobilisées dans les processus d’identification, « aménager l’espace pour l’habiter » paraît parfois comme un problème insoluble. Ce qui fait problème est le décalage croissant entre l’aspiration des humains à habiter partout — avec tout mais pas avec tous — et l’organisation de l’action publique, collective et individuelle pour « rendre habitable ».
La proposition de ce colloque est de traiter de cette question en confrontant des chercheurs travaillant sur ce sujet et des acteurs proches de la recherche. Il est donc attendu deux types de soumissions : l’une en provenance de chercheurs à partir de résultats de recherche obtenus récemment et l’autre en provenance d’acteurs à partir de leur expérience acquise dans une collectivité territoriale, une communauté, une association, un groupement professionnel, un bureau d’étude, etc. Ce croisement s’est avéré nécessaire à la suite d’un programme de recherche intitulé TerrHab dont les organisateurs avaient la responsabilité et correspond à l’un des engagements scientifiques prévus.
Ce colloque assume l’ambition de permettre une mise en débat comparatiste entre des contextes territoriaux, d’action publique et de culture différents (Europe/Amériques, France/Québec…) y compris à partir d’exposés rendant compte de recherches conduites sur des cas particuliers à des échelles nationales, régionales ou même très locales.
Titre du colloque :