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Marie-Christine Lesage : UQAM - Université du Québec à Montréal
Les créateurs qui œuvrent dans le champ élargi des pratiques interartistiques opèrent à partir de processus ouverts et exploratoires, qui prennent appui sur des relations et des interactions multiples entre des matériaux hétérogènes, des technologies, des collaborations interdisciplinaires. Les manières de faire se déploient suivant une mobilité et une circulation des affects, des perceptions, des images et des bricolages composés avec les corps, les textes et les média mis en jeu. Ces mouvements et interactions qui forgent le cœur des praxis interartistiques seront discutés au sein de cette communication, en prenant appui sur l’observation de processus de création d’artistes et de collectifs d’artistes ainsi que sur des entretiens menés sur le long terme avec ceux-ci. Il s’agira donc de présenter des études de cas et de réfléchir aux fabriques plurielles et aux mobilités de processus dont la matière première est composée de relations et d’agentivités multiples.
Paul Ardenne désigne comme « œuvre d’art mobile » une œuvre en rupture avec les territoires traditionnels de l’art (galerie, musée, centre d’exposition, salle de spectacles) qui investit de plus en plus de nouveaux espaces comme la rue et l’espace public, et qui entraîne la création d’« œuvres déplaçables, aptes à aller à la rencontre du public, ou à le transporter » (2002). Le processus ne dépend plus ou ne se mesure plus uniquement par l’espace qu’il habite, mais répond davantage à la spontanéité « du voyage et de la rencontre à travers des réseaux, des souvenirs, entre les gens et les lieux, les performeurs et les auditeurs, dans le temps autant que dans l’espace, en direct et à travers les enregistrements mécaniques et électroniques […] » (Chapman, 2013). Cette évolution exponentielle de la mobilité dans les arts ne se considère pas tant en distance parcourue que par le fait qu’elle touche toujours plus à l’ensemble des étapes de la création. De la fabrication à la diffusion, des collaborations aux technologies, de l’accès à l’archivage, au récit de création, le concept de mobilité se conjugue au pluriel. L’artiste se déplace avec son sujet. Cette approche mobile et phénoménologique du processus artistique appréhenderait-elle moins prioritairement la question de son objet que celle des relations, parfois fortuites? En ce sens, le processus de mobilité ne concernerait pas seulement l’artiste, mais aussi l’engagement du spectateur. De nouvelles formes d’expériences processuelles et de relations signifiantes entre une œuvre et le spectateur peuvent alors jouer un rôle actif dans l’élaboration même de l’œuvre. Par exemple, la mobilité procurée par Internet permet de tisser la toile d’une rencontre avec un public désireux d’entrer dans l’univers de l’artiste autrement qu’au moment de la présentation de l’œuvre.
Pour débattre des mobilités du processus de création, nous aborderons différentes approches artistiques, méthodologiques, théoriques et disciplinaires.
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