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Pluralisation des identités et uniformisation par la technique : une contradiction théorique ?

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Simon Chaunu : Université Laval

Résumé de la communication

Dans La condition sociale moderne (2017), Danilo Martuccelli estime que la période actuelle de la modernité se caractérise par le « singulier en commun » – une autre façon de nommer le processus de pluralisation – et que ce phénomène serait impossible sans la « coordination des actions » permise par l'existence d'un « continuum sociotechnique », dont les nouvelles technologies de l'information et la communication ne sont aujourd'hui que la pointe de l'iceberg.

Son insistance sur ce fait est bienvenue, alors que les sciences sociales contemporaines ignorent trop souvent cette question, ou ne la traitent que superficiellement. Pour autant, Martuccelli semble considérer que cette infrastructure sociotechnique serait neutre sur le plan des valeurs. À l'inverse, une tradition de pensée marginale, la critique radicale de la société industrielle, a insisté depuis des décennies sur la non-neutralité des objets et systèmes techniques : autrement dit, ils sont pleinement des faits sociaux et culturels. L'un de ces penseurs, Jacques Ellul, va jusqu'à affirmer dans Le système technicien (1977) que toutes les sociétés ont été uniformisées par « la technique », celle-ci étant comprise comme la domination du principe d'efficacité, au détriment d'autres valeurs.

Mon but sera d'explorer cette tension théorique entre pluralisation et uniformisation, sans prétendre la résoudre, et de rappeler la prégnance dans nos sociétés d'un imaginaire techniciste, trop souvent sous-estimé car omniprésent.

Résumé du colloque

Si la pluralité des valeurs et des appartenances n’est pas un phénomène nouveau, notre époque se caractérise cependant par une conscience nouvelle de cette pluralité, alors que deviennent visibles et audibles des modes de vie, des croyances ou des formes de savoir qui étaient autrefois niés, exclus ou cachés. Cette transformation contribue à une intensification de la pluralisation et touche, module et marque la vie des individus, des groupes et des institutions, et ces derniers contribuent réciproquement à cette diversification (Ritzer et Jurgenson, 2010; Maclaughlin et al., 2011; Roy, 2012; McMillan et al., 2013; Meissner, 2016). Depuis plusieurs années, la pluralité et les enjeux du vivre-ensemble suscitent l’intérêt des chercheurs, mais les interrogations sur les processus qui participent à la pluralisation restent néanmoins à investir.

L’une des dimensions les plus récentes de ces processus de pluralisation est le développement d’une conscience de la pluralité, autant chez les individus, les groupes que les institutions (O’Rourke et Williamson, 2002; Hopper, 2007). Ce colloque vise à examiner les différentes médiations entre la pluralisation comme phénomène objectif et comme expérience subjective, en se penchant plus précisément sur les actions, les récits ou les espaces qui sont en jeu dans le développement de cette conscience (Ricœur, 2000; Habermas, 1978). De fait, c’est à travers ces médiations que les individus, groupes ou institutions interprètent et donnent sens au phénomène de pluralité.

À partir d’une diversité de contextes, terrains et perspectives disciplinaires, nous proposons donc de réfléchir aux questions suivantes : comment les individus, les groupes ou les institutions manifestent-ils ou donnent-ils à voir leur conscience nouvelle de la pluralité? À travers quelles médiations (récits, actions, espaces)? Comment cette conscience se développe-t-elle? En quoi ce développement a-t-il réciproquement le potentiel de contribuer à la pluralisation?

Contexte

section icon Thème du congrès 2018 (86e édition) :
Célébrer la pensée libre
section icon Date : 10 mai 2018

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