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Catherine Cyr : UQAM - Université du Québec à Montréal
Selon le metteur en scène Romeo Castellucci (2001), la scène constitue le lieu, unique, « où celui qui parle enlève, creuse et aveugle le mot qu’il vient de prononcer; ce lieu où celui qui parle (…) vient pour se retirer au travers de la voix » (p.33). À partir d’observations tirées de Petit guide pour disparaître doucement, pièce performative et installative de Félix-Antoine Boutin (2017), et de Gloria, création multimédia immersive élaborée par l’artiste interdisciplinaire Mykalle Bielinski (2015, 2017), cette communication s’attachera à la trajectoire du sens que trace une représentation centrée sur un « pèlerinage de la voix » où diverses formes d’énonciation – chant, parole, graphies projetées – alternent ou se superposent. « Synecdoque du corps » (Le Breton : 2006), la voix constitue le matériau intangible et mouvant qui, nouée au dispositif scénographique, déplie pour le spectateur, dans ces deux pièces, un parcours d’élaboration du sens. Nous nous intéresserons ici aux modalités particulières de ce parcours spectatoriel où les vacillations de la voix, entre « sur-présence » et soustraction, faisant écho à la dynamique oscillatoire convoquée par l’œuvre immersive – entre pleine adhésion à l’univers théâtral et prise de conscience de son artificialité (Bouko, 2015) – construisent une trajectoire interprétative singulière, marquée par le clignotement entre les vides, les pleins, et les moments intervallaires de l’expérience de la représentation.
Paul Ardenne désigne comme « œuvre d’art mobile » une œuvre en rupture avec les territoires traditionnels de l’art (galerie, musée, centre d’exposition, salle de spectacles) qui investit de plus en plus de nouveaux espaces comme la rue et l’espace public, et qui entraîne la création d’« œuvres déplaçables, aptes à aller à la rencontre du public, ou à le transporter » (2002). Le processus ne dépend plus ou ne se mesure plus uniquement par l’espace qu’il habite, mais répond davantage à la spontanéité « du voyage et de la rencontre à travers des réseaux, des souvenirs, entre les gens et les lieux, les performeurs et les auditeurs, dans le temps autant que dans l’espace, en direct et à travers les enregistrements mécaniques et électroniques […] » (Chapman, 2013). Cette évolution exponentielle de la mobilité dans les arts ne se considère pas tant en distance parcourue que par le fait qu’elle touche toujours plus à l’ensemble des étapes de la création. De la fabrication à la diffusion, des collaborations aux technologies, de l’accès à l’archivage, au récit de création, le concept de mobilité se conjugue au pluriel. L’artiste se déplace avec son sujet. Cette approche mobile et phénoménologique du processus artistique appréhenderait-elle moins prioritairement la question de son objet que celle des relations, parfois fortuites? En ce sens, le processus de mobilité ne concernerait pas seulement l’artiste, mais aussi l’engagement du spectateur. De nouvelles formes d’expériences processuelles et de relations signifiantes entre une œuvre et le spectateur peuvent alors jouer un rôle actif dans l’élaboration même de l’œuvre. Par exemple, la mobilité procurée par Internet permet de tisser la toile d’une rencontre avec un public désireux d’entrer dans l’univers de l’artiste autrement qu’au moment de la présentation de l’œuvre.
Pour débattre des mobilités du processus de création, nous aborderons différentes approches artistiques, méthodologiques, théoriques et disciplinaires.
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