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Quentin Mazel : Université Sorbonne Nouvelle - Paris 3
Notre intervention se propose de questionner la nostalgie dans ses relations à l’enfance, comme une modalité d’évaluation de la qualité cinématographique. Dans quelle mesure celle-ci peut apparaitre comme un moyen, à la fois collectif et personnel, voire intime, de contrôler la qualité de la consommation cinématographique ? Nous nous intéresserons tout particulièrement à certaines séries télévisées (Stranger Things) et films (Super 8, Ça, Star Wars : Le Réveil de la Force, …) qui font explicitement référence aux années 1970-1980 et qui ont suscité des interrogations quant à la nostalgie lors de leur réception. En nous
concentrant sur ces cas, nous verronsque la nostalgie a ses règles, ses périodes et que l’appréciation de ce type d’oeuvres nécessite au préalable d’évaluer la sincérité des intentions des réalisateurs, producteurs, etc. La suspicion d’une manipulation et/ou d’une marchandisation du passé, apparait souvent comme topoï lors de ces jugements, opposant un monde marchant cupide et profiteur à un monde artistique réflexif et désintéressé. Pour ce faire, notre étude s’appuie sur l’analyse de trente entretiens réalisés avec des cinéphiles qui évoquent leur parcours de spectateur, d’un travail ethnographique sur différents lieux d’expression de cette culture artistique - festivals, expositions, conventions -, ainsi que sur l’analyse d’un corpus de critiques cinématographiques qui mobilisent la nostalgie lors d’une évaluation controversée de la qualité du film.
De la rétro-photographie aux expositions commémoratives, des communautés en et hors ligne au cinéma, le spectre des manifestations nostalgiques est désormais large et diversifié. Les modalités médiatiques de la nostalgie sont complexes, qu’elles se déploient à travers une visée politique (un groupe de nostalgie postsoviétique sur Facebook), relationnelle (les réfugiés qui utilisent un mobile pour rester connectés avec leur famille), mémorielle (un programme de télévision rediffusé), esthétique (les films de famille numériques vieillis au moyen d’un filtre sépia) ou encore commerciale (les rééditions augmentées de certains classiques de musique rock; certaines séries télévisées de Netflix). La nostalgie est un phénomène protéiforme dont les expressions oscillent entre sentiment intime et mouvances collectives, entre le regard joyeusement attristé sur le passé et le désir de retourner ou d’aller pour la première fois dans son pays. Les nouvelles technologies, les médias et les réseaux sociaux peuvent susciter la nostalgie, et ils sont devenus des espaces pour la partager ou l’adoucir.
Si les réflexions sur les liens qu’entretiennent les cultures médiatiques avec la nostalgie ont pris une place considérable ces dernières années en sciences humaines et sociales, elles se sont principalement développées à travers des publications en anglais ou en allemand. Les publications en français sont pour l’essentiel issues de l’anthropologie ou de la littérature. Peu de publications en langue française proposent de porter un regard critique sur la nostalgie et son lien avec la mémoire, les médias, les nouvelles technologiques et les réseaux sociaux en ligne. Dans une perspective transdisciplinaire, ce colloque rassemblera et confrontera les recherches émergentes de chercheurs, artistes ou professionnels francophones qui réfléchissent à la question en portant attention aux dimensions médiatiques et communicationnelles des thématiques suivantes :
1) Approches historiques, méthodologiques et théoriques de la nostalgie.
2) La place de la nostalgie dans l’histoire culturelle, ses rapports avec la mémoire, les souvenirs et l’oubli, la mélancolie, l’utopie ou la dystopie.
3) Les liens entre la nostalgie, les médias et les technologies de la communication.
4) La politisation de la nostalgie (dans les discours d’information et les communautés en ligne) ou les nostalgies de mouvements politiques.
5) La marchandisation nostalgique du passé ou des souvenirs du passé par les industries médiatiques.
6) La nostalgie créative et artistique, ses configurations et effets esthétiques.
7) La nostalgie institutionnelle (patrimoine, archives, musées).
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