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Jonathan Riendeau : Université Laval
Le bonheur comme but de la vie peut sembler évident dans les sociétés contemporaines, mais sa quête dépasse le seul choix personnel et dépend d’une précompréhension sociohistorique. En Occident, le devoir moral de bonheur est traduit en termes de droit avec la modernité et la démocratie (Farrugia, 2015). Quand l’individu devient la figure centrale de la société, le bonheur est un objectif suprême (Senik, 2014). Sa légitimité est une condition pour que chacun s’en construise sa propre définition, mais le relativiser lui retirerait sa signification sociale, car la relativité de sa nomination s’explique par une pluralisation des conceptions du bonheur (Liarte, 2009). Ces conceptions sont composées de représentations culturelles entremêlées et d’idéaux proposés par la généralité des appartenances collectives d’un individu. Au début du XXe siècle, les Canadiens-français associent le bonheur à un devoir religieux et à l’enracinement familial dans le terroir (Filiatrault, 1961). Depuis les Trente glorieuses, les Québécois situent l’idéal de bonheur dans le confort matériel, la liberté individuelle et la vie en banlieue (Fortin, 2015). Le néolibéralisme fait du bonheur un intérêt d’État (Davies, 2015), puis la réalisation et l’épanouissement de soi sont aujourd’hui placés au cœur du développement de l’individu (Marquis, 2014). Les définitions singulières du bonheur participent au rejet, au maintien ou à la transformation des valeurs socialement reconnues dans la société québécoise.
Si la pluralité des valeurs et des appartenances n’est pas un phénomène nouveau, notre époque se caractérise cependant par une conscience nouvelle de cette pluralité, alors que deviennent visibles et audibles des modes de vie, des croyances ou des formes de savoir qui étaient autrefois niés, exclus ou cachés. Cette transformation contribue à une intensification de la pluralisation et touche, module et marque la vie des individus, des groupes et des institutions, et ces derniers contribuent réciproquement à cette diversification (Ritzer et Jurgenson, 2010; Maclaughlin et al., 2011; Roy, 2012; McMillan et al., 2013; Meissner, 2016). Depuis plusieurs années, la pluralité et les enjeux du vivre-ensemble suscitent l’intérêt des chercheurs, mais les interrogations sur les processus qui participent à la pluralisation restent néanmoins à investir.
L’une des dimensions les plus récentes de ces processus de pluralisation est le développement d’une conscience de la pluralité, autant chez les individus, les groupes que les institutions (O’Rourke et Williamson, 2002; Hopper, 2007). Ce colloque vise à examiner les différentes médiations entre la pluralisation comme phénomène objectif et comme expérience subjective, en se penchant plus précisément sur les actions, les récits ou les espaces qui sont en jeu dans le développement de cette conscience (Ricœur, 2000; Habermas, 1978). De fait, c’est à travers ces médiations que les individus, groupes ou institutions interprètent et donnent sens au phénomène de pluralité.
À partir d’une diversité de contextes, terrains et perspectives disciplinaires, nous proposons donc de réfléchir aux questions suivantes : comment les individus, les groupes ou les institutions manifestent-ils ou donnent-ils à voir leur conscience nouvelle de la pluralité? À travers quelles médiations (récits, actions, espaces)? Comment cette conscience se développe-t-elle? En quoi ce développement a-t-il réciproquement le potentiel de contribuer à la pluralisation?
Titre du colloque :