Veuillez choisir le dossier dans lequel vous souhaitez ajouter ce contenu :
Membre a labase
Bálint Demers : UQAM - Université du Québec à Montréal
Cette communication vise à examiner la manière dont la droite dure hongroise a construit son hégémonie sociopolitique en mobilisant l’imaginaire national hongrois, et ce à travers la théorie des signifiants vides des philosophes Ernesto Laclau et Chantal Mouffe (2007 ; 2009). En Hongrie, la fin de la Guerre froide a donné lieu à une conversion des institutions politiques au pluralisme démocratique. C’est donc dans le contexte d’une démocratie naissante aux clivages électoraux instables que le FIDESZ de Viktor Orbán –au départ un parti de jeunes libéraux opposés au communisme– a développé un discours nationaliste et conservateur autour duquel il a rassemblé une assise électorale unifiée et remporté les élections de 2010 et 2014. Ce discours a également pour caractéristique d’articuler son contenu idéologique à un récit plus large renvoyant à l’imaginaire national du pays.
Dans le cadre de cette communication, nous examinerons la manière dont cet imaginaire national sert de médiation politique entre l’électorat hongrois et le FIDESZ. D’abord, nous analyserons le discours du parti à partir des thèmes et slogans électoraux de sa campagne électorale de 2010. En mobilisant la théorie des signifiants vides, nous montrerons ensuite comment ceux-ci articulent des éléments de l’imaginaire national hongrois. Cette analyse permettra ainsi de montrer comment un contexte politique de pluralisme démocratique a pu évoluer vers un régime autoritaire et conservateur.
Si la pluralité des valeurs et des appartenances n’est pas un phénomène nouveau, notre époque se caractérise cependant par une conscience nouvelle de cette pluralité, alors que deviennent visibles et audibles des modes de vie, des croyances ou des formes de savoir qui étaient autrefois niés, exclus ou cachés. Cette transformation contribue à une intensification de la pluralisation et touche, module et marque la vie des individus, des groupes et des institutions, et ces derniers contribuent réciproquement à cette diversification (Ritzer et Jurgenson, 2010; Maclaughlin et al., 2011; Roy, 2012; McMillan et al., 2013; Meissner, 2016). Depuis plusieurs années, la pluralité et les enjeux du vivre-ensemble suscitent l’intérêt des chercheurs, mais les interrogations sur les processus qui participent à la pluralisation restent néanmoins à investir.
L’une des dimensions les plus récentes de ces processus de pluralisation est le développement d’une conscience de la pluralité, autant chez les individus, les groupes que les institutions (O’Rourke et Williamson, 2002; Hopper, 2007). Ce colloque vise à examiner les différentes médiations entre la pluralisation comme phénomène objectif et comme expérience subjective, en se penchant plus précisément sur les actions, les récits ou les espaces qui sont en jeu dans le développement de cette conscience (Ricœur, 2000; Habermas, 1978). De fait, c’est à travers ces médiations que les individus, groupes ou institutions interprètent et donnent sens au phénomène de pluralité.
À partir d’une diversité de contextes, terrains et perspectives disciplinaires, nous proposons donc de réfléchir aux questions suivantes : comment les individus, les groupes ou les institutions manifestent-ils ou donnent-ils à voir leur conscience nouvelle de la pluralité? À travers quelles médiations (récits, actions, espaces)? Comment cette conscience se développe-t-elle? En quoi ce développement a-t-il réciproquement le potentiel de contribuer à la pluralisation?
Titre du colloque :