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Andrée-Anne Giguère : Université Laval
Pour réfléchir une évolution de la dramaturgie sonore basée sur l’environnement, la technologie mobile et l’expérience, la Chaire de recherche du Canada en dramaturgie sonore au théâtre (UQAC) engage une recherche-création sur le concept de phonographie et sa transduction dans une oeuvre multisciplinaire. Pour Phonographie 3, nous invitons Laurence Brunelle-Côté (co-fondatrice du Bureau de l’APA) qui nous propose une immersion dans un espace de silence. C’est donc hors les murs du théâtre, en quête d’une expérience sonore où l’action d’écoute s’arrime à un site spécifique, que notre équipe se déplace va vers le monastère de Shawinigan, à la rencontre des sœurs Dominicaines Moniales. En réponse à cette immersion, nous créons une installation performative Phonographie 3 : Laurence et les Moniales Dominicaines, où le spectateur pris dans une structure toujours en mouvement participe tout autant à la réalisation de la performance.
Paul Ardenne désigne comme « œuvre d’art mobile » une œuvre en rupture avec les territoires traditionnels de l’art (galerie, musée, centre d’exposition, salle de spectacles) qui investit de plus en plus de nouveaux espaces comme la rue et l’espace public, et qui entraîne la création d’« œuvres déplaçables, aptes à aller à la rencontre du public, ou à le transporter » (2002). Le processus ne dépend plus ou ne se mesure plus uniquement par l’espace qu’il habite, mais répond davantage à la spontanéité « du voyage et de la rencontre à travers des réseaux, des souvenirs, entre les gens et les lieux, les performeurs et les auditeurs, dans le temps autant que dans l’espace, en direct et à travers les enregistrements mécaniques et électroniques […] » (Chapman, 2013). Cette évolution exponentielle de la mobilité dans les arts ne se considère pas tant en distance parcourue que par le fait qu’elle touche toujours plus à l’ensemble des étapes de la création. De la fabrication à la diffusion, des collaborations aux technologies, de l’accès à l’archivage, au récit de création, le concept de mobilité se conjugue au pluriel. L’artiste se déplace avec son sujet. Cette approche mobile et phénoménologique du processus artistique appréhenderait-elle moins prioritairement la question de son objet que celle des relations, parfois fortuites? En ce sens, le processus de mobilité ne concernerait pas seulement l’artiste, mais aussi l’engagement du spectateur. De nouvelles formes d’expériences processuelles et de relations signifiantes entre une œuvre et le spectateur peuvent alors jouer un rôle actif dans l’élaboration même de l’œuvre. Par exemple, la mobilité procurée par Internet permet de tisser la toile d’une rencontre avec un public désireux d’entrer dans l’univers de l’artiste autrement qu’au moment de la présentation de l’œuvre.
Pour débattre des mobilités du processus de création, nous aborderons différentes approches artistiques, méthodologiques, théoriques et disciplinaires.
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