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Anouk Bélanger : UQAM - Université du Québec à Montréal
Dans « La beauté du mort », de Certeau (1993) écrit que les études sur la culture populaire émergent d’un élan nostalgique portant vers l’horizon d’un paradis perdu. Cette opération voulant que la culture populaire devienne légitime théoriquement seulement lorsqu’elle est en voie de disparition nous servira de prisme à travers lequel nous aborderons ici un phénomène médiatique spécifique : les représentations du téléviseur dans les séries télé de fiction actuelles. Nombreux sont les ouvrages récents qui soulignent le nouvel âge d’or du petit écran. Dans ce contexte de gain de légitimation de la télévision, le téléviseur-- objet populaire par excellence--s’y retrouve comme marqueur culturel et esthétique ambivalent. Objet rétro (vintage) qui stocke en lui une nostalgie pour le premier âge d’or de la télévision, pour les cadres domestiques, esthétiques et sociaux du moment, pour une certaine rythmique du quotidien, le téléviseur revit dans des séries telles que Mad man et Stranger things. Un désir de se réfugier dans le passé y côtoie un engouement pour un style vintage. Cette mise à mort paradoxale du téléviseur sera donc discutée ici à partir de la notion de culture populaire. En quêtant ce premier âge d’or, la série répète-t-elle ses origines ? S’agit-il d’un simple appât affectif et commercial ? Quel éclairage nous offre la notion de culture populaire sur cet élan nostalgique télévisuel ? Qu’est-ce que la présence du téléviseur nous dit sur la télévision contemporaine ?
De la rétro-photographie aux expositions commémoratives, des communautés en et hors ligne au cinéma, le spectre des manifestations nostalgiques est désormais large et diversifié. Les modalités médiatiques de la nostalgie sont complexes, qu’elles se déploient à travers une visée politique (un groupe de nostalgie postsoviétique sur Facebook), relationnelle (les réfugiés qui utilisent un mobile pour rester connectés avec leur famille), mémorielle (un programme de télévision rediffusé), esthétique (les films de famille numériques vieillis au moyen d’un filtre sépia) ou encore commerciale (les rééditions augmentées de certains classiques de musique rock; certaines séries télévisées de Netflix). La nostalgie est un phénomène protéiforme dont les expressions oscillent entre sentiment intime et mouvances collectives, entre le regard joyeusement attristé sur le passé et le désir de retourner ou d’aller pour la première fois dans son pays. Les nouvelles technologies, les médias et les réseaux sociaux peuvent susciter la nostalgie, et ils sont devenus des espaces pour la partager ou l’adoucir.
Si les réflexions sur les liens qu’entretiennent les cultures médiatiques avec la nostalgie ont pris une place considérable ces dernières années en sciences humaines et sociales, elles se sont principalement développées à travers des publications en anglais ou en allemand. Les publications en français sont pour l’essentiel issues de l’anthropologie ou de la littérature. Peu de publications en langue française proposent de porter un regard critique sur la nostalgie et son lien avec la mémoire, les médias, les nouvelles technologiques et les réseaux sociaux en ligne. Dans une perspective transdisciplinaire, ce colloque rassemblera et confrontera les recherches émergentes de chercheurs, artistes ou professionnels francophones qui réfléchissent à la question en portant attention aux dimensions médiatiques et communicationnelles des thématiques suivantes :
1) Approches historiques, méthodologiques et théoriques de la nostalgie.
2) La place de la nostalgie dans l’histoire culturelle, ses rapports avec la mémoire, les souvenirs et l’oubli, la mélancolie, l’utopie ou la dystopie.
3) Les liens entre la nostalgie, les médias et les technologies de la communication.
4) La politisation de la nostalgie (dans les discours d’information et les communautés en ligne) ou les nostalgies de mouvements politiques.
5) La marchandisation nostalgique du passé ou des souvenirs du passé par les industries médiatiques.
6) La nostalgie créative et artistique, ses configurations et effets esthétiques.
7) La nostalgie institutionnelle (patrimoine, archives, musées).
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