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Samuel Bianchini : École nationale supérieure des Arts Décoratifs - Université PSL - Paris
Arts et sciences forme un couple, certes ancien, mais particulièrement actuel, voire, à la mode. Si la figure de l'humaniste est souvent convoquée pour inscrire ce rapprochement des champs disciplinaires dans l'histoire occidentale, cette référence pose de nombreux problèmes au regard de notre monde actuel. Notre époque nécessite de repenser des formes de coopération, entre humains, certes, mais aussi non-humains. De plus en plus de programmes de recherche pluri, trans et / ou interdisciplinaires voient le jour, en particulier à partir des arts et du design. Si le développement de la recherche-création pousse à affirmer la spécificité d'un tel champ, celui-ci se construit dans une relation de coopération avec les disciplines scientifiques, que celles-ci relèvent des sciences de la nature, des sciences humaines et sociales ou des sciences de l'ingénieur. En retour, les sciences, désireuses de sortir de leur tour d'ivoire et poussées à repenser leur relation à la société civile, aux “publics”, qui les financent, entrevoient à travers les arts une façon nouvelle de se donner à comprendre mais aussi à ressentir. Mais, comment faire, ensemble ? Samuel Bianchini développera et articulera deux propositions pour faciliter des voies de coopération entre les disciplines : donner une place fondamentale aux instruments, c'est-à-dire, aussi, à la technique, qui nous lie, dans l'action, et sortir du fantasme de la coémergence pour privilégier l'instrumentalisation réciproque et assumée.
Le réseau Hexagram a produit en septembre 2018 une exposition intitulée Taking Care (Avec soin) dans le cadre du festival Ars Electronica, à Linz en Autriche. À la suite d’un appel de projets lancé à tou.te.s les membres étudiant.e.s de Hexagram, vingt projets ont été sélectionnés et montrés à Linz. Ces projets illustrent l’approche de la recherche-création dont Hexagram est le chef de file à l’international, et que ce dernier définit comme une tendance en émergence dans le milieu de la recherche universitaire qui lie la pratique des arts et les sciences de l’art aux sciences interprétatives et aux sciences pures, afin de générer de nouveaux savoirs par l’intermédiaire de pratiques sociales, matérielles et performatives. À la croisée de questions éthiques et esthétiques, les projets de l’exposition sont exploratoires plutôt que prescriptifs : ils remettent en question notre appréhension du monde dans notre quête et nos efforts constants pour le comprendre.
Les processus mis en œuvre pour la création de Taking Care abordent les enjeux de l’art numérique par la création de l’exposition. D’abord, Taking Care est une exploration du commissariat lui-même comme processus de recherche-création et de production de savoir. La production consiste également à formaliser une nouvelle posture face à l’art numérique. Les artistes sélectionné.e.s ne cherchent pas à donner une finalité technologique à leur travail, mais leurs œuvres incitent à redéfinir le rapport entre l’art et la technologie et questionnent les méthodologies et l’éthique en art numérique.
L’expérience Taking Care permet d’aborder la question de la collaboration et plus particulièrement le rapport professeur.e-étudiant.e dans un cadre professionnel et universitaire. Ce colloque s’inscrit aussi dans une démarche plus large du réseau Hexagram qui vise à préciser les contours de la recherche-création pratiquée par ses artistes-chercheur.e.s, étudiant.e.s, collaborateur.trice.s. À l’heure où la recherche-création s’impose de plus en plus comme une démarche légitime et novatrice, non seulement au Québec, mais aussi au Canada et à l’international (et en particulier en France), la pertinence de ce colloque tiendra donc à sa capacité d’en réfléchir collectivement les formes, les pratiques et les modes de diffusion, sur la base d’une expérience singulière menée lors d’un événement hautement médiatisé (à Ars Electronica). Plus généralement, ce colloque participera à envisager concrètement la spécificité, l’originalité et le caractère novateur de l’approche d’Hexagram dans le cadre des relations entre les arts et les sciences dans la production des savoirs contemporains. Ce faisant, il permettra aussi une réflexion ancrée et située dans l’apport de la recherche-création à la recherche, et en particulier vis-à-vis de la recherche scientifique et de la recherche-action.
Titre du colloque :