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Jane Couchman : York University
La correspondance de la princesse Élisabeth de Bohème avec Descartes est souvent analysée, soit dans le contexte de la philosophie de Descartes, soit, plus récemment, dans le contexte de la philosophie d’Élisabeth. Élisabeth interroge dans ses lettres le cogito purement intellectuel, en mettant l’emphase également sur le corps et les émotions. Descartes répond respectueusement à ses arguments, qui lui inspirent ensuite son Traité des passions. Comment Élisabeth arrive-t-elle à évoquer un dialogue sérieux chez ce philosophe d’humeur difficile face à la critique? C’est par sa maîtrise remarquable de la rhétorique épistolaire, qui permet au philosophe de répondre à ses objections sans se sentir visé, sans trop se défendre. Et où aurait-elle appris comment s’engager dans une telle correspondance? D’une part de sa mère, reine (pendant un hiver) de Bohème; mais surtout dans la famille de sa grand’mère paternelle, Louise-Julienne de Nassau, qui l’a élevée pendant sa jeunesse. Électrice Palatine, fille de Guillaume d’Orange, elle avait été élevée par Louise de Coligny. C’est en plaçant Élisabeth de Bohème et sa correspondance dans le contexte de ce réseau remarquable de femmes épistolières de la famille Orange-Nassau que nous pouvons apprécier la finesse de sa rhétorique. C’est aussi grâce à ces femmes fortes qu’Élisabeth aurait compris que les idées qu’elle épouse à propos de l’harmonie du corps, des passions, de la raison et de la vertu méritent d’être évoquées avec confiance.
Au Québec, les études de généricité (gender studies) en littérature française se sont beaucoup développées et transformées depuis leur émergence dans les années 1980. En effet, on assiste à des changements de paradigme importants sur le plan théorique; les problématiques liées à la construction de la féminité et de la masculinité ne sont plus désormais pensées en termes d’oppositions binaires (féminin-masculin), mais sont envisagées selon un spectre analogique de degrés plus ou moins prononcés au regard d’un pôle ou de l’autre. Les travaux menés au cours des dernières décennies ont donc soulevé de nouveaux enjeux relatifs aux prises de parole des femmes, notamment sous l’Ancien Régime. Par exemple, les phénomènes de ventriloquie textuelle où des hommes font parler des femmes et où des femmes font parler des hommes suscitent des interrogations quant à la notion d’écriture féminine ou de parole féminine et mettent en cause le caractère essentialiste de ces notions. Or, le professeur Jean-Philippe Beaulieu, de l’Université de Montréal, a été l’un des premiers chercheurs francophones à avoir au Québec formulé ces nouvelles questions et exploré des corpus jusque-là négligés. Non seulement il a choisi de travailler sur les écrits inédits d’une femme du XVIe siècle, Hélisenne de Crenne, ce qui à la fin des années 1980 était un geste novateur pour l’époque, mais il a aussi coorganisé en 1992 le premier colloque international exclusivement consacré aux femmes écrivains de l’Ancien Régime. Cette première rencontre savante a été suivie de plusieurs autres. Tout au long de sa carrière, J.-P. Beaulieu a privilégié des sujets à l’avant-garde de la recherche dans le domaine des écrits de femmes et il est maintenant reconnu sur la scène internationale comme LE spécialiste des écrits d’Hélisenne de Crenne. Nous souhaitons profiter de son départ à la retraite pour faire le point sur les études dont il a été un précurseur et qui empruntent aujourd’hui des avenues diversifiées.
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