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Julie Bérubé : UQO - Université du Québec en Outaouais
Les artistes entrepreneurs font face à une tension entre leurs valeurs artistiques et entrepreneuriales. Ces valeurs s’entrecroisent et s’opposent et une tension en émerge. La majorité des recherches s’intéressant aux industries culturelles retiennent comme objet empirique des artistes entrepreneurs œuvrant au sein de métropoles comme New York, Paris, Montréal, etc. Conséquemment, nous explorons comment les artistes entrepreneurs situés hors des métropoles arrivent à concilier leurs valeurs artistiques et entrepreneuriales sans pervertir leur art, tout en atteignant une certaine viabilité économique. Nous retenons le cadre théorique de la justification de Boltanski et Thévenot (1991) pour étudier cette tension et la formation de compromis entre ces valeurs. Ces auteurs conçoivent 6 mondes relevant de systèmes de valeurs indépendants. Lorsque les mondes se confrontent, une tension se forme et la mise en place d’un compromis est nécessaire pour la résoudre. Les données de cette recherche ont été collectées à l’aide d’entrevues semi-structurées auprès de 50 artistes professionnels en art visuels situés hors des métropoles. Des caractéristiques ressortent des entrevues menées : 1) une approche individuelle comprenant la formation d'un réseau et l'adaptabilité et 2) une approche collective orientée autour de la collaboration. Ensuite, il a été possible d’associer les valeurs aux différents mondes de Boltanski et Thévenot et montrer comment se forme le compromis entre ces mondes.
L’apport de l’entrepreneuriat culturel et créatif à l’économie locale, mais également mondiale, est de plus en plus important, contribuant ainsi au développement économique et social de la société (Anderson et al., 2014). À ce premier phénomène se conjugue un autre, celui de la standardisation de la culture mondiale par les médias de masse et les grandes entreprises. Devant cette globalisation, un nombre grandissant d’entrepreneurs au sein des industries créatives et culturelles en viennent à adopter des caractéristiques communes, formant ainsi une masse dominante. On peut décliner ces caractéristiques selon trois dimensions. Il s’agit d’entrepreneurs : 1) se regroupant dans des métropoles créatives; 2) homogènes sur le plan socioculturel (langue, nationalité, religion, etc.); ou 3) créant des œuvres visant une diffusion dans les médias de masse. Si on dénote un intérêt sociopolitique grandissant envers les industries créatives et culturelles, le monde universitaire de la gestion n’est pas en reste. Plusieurs recherches se penchent sur l’entrepreneuriat culturel et créatif. Cependant, ces recherches, qui sont relativement uniformes, s’arrêtent à la manière d’entreprendre chez les acteurs appartenant aux masses. Du coup sont laissés de côté notamment les entrepreneurs : 1) hors des métropoles créatives (par exemple, les artistes hors des métropoles comme Montréal, Toronto, Los Angeles, New York, Paris); 2) appartenant à une minorité (par exemple, les minorités linguistiques ou ethniques); 3) qui diffusent volontairement leurs œuvres par des médias alternatifs, qualifiés ici d’entrepreneuriat marginal (par exemple, les groupes heavy metal). Conséquemment, trois questions doivent être posées : qu’est-ce qu’entreprendre hors des métropoles créatives? Qu’est-ce l’entrepreneuriat chez les minorités? Qu’est-ce que l’entrepreneuriat marginal? Ces trois questions forment les trois axes sous-tendant la problématique du colloque proposé.
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