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Annamaria Silvana de Rosa : Université La Spaienza
Notre conférence se propose d’illustrer les dimensions épistémologiques (enjeux théoriques) et opérationnelles (enjeux empiriques) de l'approche de modélisation multi-méthode avec l’exemple de la folie, un problème social transversal à l'histoire, aux cultures et aux sociétés. Nous présenterons les résultats clés d’un vaste programme de recherche (de Rosa, 1987, 1995, 1997, 2006, 2010, 2013) sur les représentations sociales de la folie et de la maladie mentale chez près de 4000 sujets naïfs et experts mené dans les années 1980 et 1990 avec un suivi en 2006-2007 en Italie et au Brésil 30 ans après la désinstitutionnalisation de la maladie mentale et la fermeture des asiles psychiatriques en Italie. Le croisement de trois approches méthodologiques ("historique", "évolutive", comparative") a permis l’obtention des résultats qui montrent la coexistence frappante de représentations sociales ancrées à la fois dans des modèles mythiques et scientifiques, de sens commun et de connaissances spécialisées diffusées auprès du grand public. Cette iconographie à long terme de la folie confirme empiriquement le concept heuristique de "polyphasie cognitive" (Moscovici 1961, 2000; de Rosa, 2009 ; 2012, 2013), qui en a fait le "thema" central.
Les problèmes publics peuvent être liés à différents domaines de la société tels que l’écologie, la sécurité routière, etc. Dans le cadre de ce colloque, nous nous intéressons plus spécialement aux problèmes publics du domaine social (par exemple : la pauvreté, la toxicomanie, l’itinérance, le chômage, la maltraitance des enfants, la violence faite aux femmes, le racisme, etc.) que nous proposons d’appeler ici problèmes sociaux.
De nombreux auteurs ont écrit sur la notion de problème social, ont proposé une définition, ont tenté de tracer les contours de la notion (par exemple Rezsohazy, 1980; Horton et Leslie, 1971; Manis, 1974). D’autres auteurs se sont plus spécifiquement arrêtés aux processus complexes qui transforment une situation en un problème social, dont Blumer ou encore Spector et Kitsuse. La construction d’un problème social fait depuis l’objet d’une multitude d’études, de colloques, de publications, etc. qui tentent d’en saisir les frontières conceptuelles et théoriques (Dorvil et Boucher-Guèvremont, 2014; Loseke, 2003; Dorvil et Mayer, 2001; Hacking, 1999). De grandes interrogations subsistent : qu’est-ce qui définit vraiment un problème social? Les conditions du problème? Sa gravité? Sa prévalence? Ou plutôt les individus et les groupes que ce problème touche? La société et sa façon de prendre en charge ou de répondre au problème?
À cet égard, peu d’études se sont penchées sur le rôle des représentations sociales dans ce processus de construction des problèmes sociaux. En effet, même si plusieurs recherches se sont intéressées à l’influence des représentations sociales dans le contexte de l’intervention (Castro et Batel, 2008; Jodelet, 2012; Negura, 2016), elles l’ont rarement fait dans une perspective plus large de construction et de définition collective des problèmes sociaux. Il s’agit là d’un élément de réflexion riche pour une meilleure compréhension des interventions sociales, par exemple de leurs limites, des difficultés qui sont rencontrées ou encore de la réalité des intervenants et intervenantes. Réflexion à laquelle ce colloque souhaite contribuer.
Ce colloque se propose ainsi d’offrir aux chercheurs qui emploient différentes approches théoriques dans l’étude des problèmes sociaux, et qui proviennent de divers champs disciplinaires, de se réunir et de réfléchir aux aspects théoriques et empiriques de la définition des problèmes sociaux comme objets de représentation. Ce colloque constitue aussi un espace d’échange sur la pertinence pratique de l’analyse des problèmes sociaux dans une perspective des représentations sociales et sur la richesse des regards que cette perspective apporte sur toute une variété de problèmes sociaux auxquels la société est amenée à se confronter.
Titre du colloque :