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Valérie Parent : Université de Montréal
L’objectif de ce travail est de clarifier le concept de connaissance tacite pour l’étude des dimensions non dites, parfois indicibles, des interactions et de l’agir professionnel. La toile de fond de l’analyse proposée est une étude en développement portant sur le « transfert » ou le partage des connaissances dans le contexte de l’intervention psychoéducative, et surtout des interactions auxquelles elle donne lieu. Nous partons de la prémisse selon laquelle ce partage repose sur l’arrimage des connaissances explicites, formalisées, codifiées et issues de la recherche, avec les connaissances « expérientielles » issues de la pratique de psychoéducatrices et psychoéducateurs œuvrant en centre jeunesse auprès de jeunes en difficultés (Parent, 2018). Une question préliminaire est celle de savoir comment définir ce que recouvre la notion de connaissance tacite. Nous proposons de situer cette articulation des types de connaissance dans le cadre d’une théorie de la créativité de l’agir, défendue par le sociologue allemand Hans Joas (1999). Héritée du pragmatisme, et en particulier de John Dewey, l’intérêt de cette conception de l’agir est de situer la « corporéité » comme partie prenante de la conduite de l’acteur et de cette intégration des connaissances explicites et tacites. Le rapport de l’acteur à ses propres sensations corporelles, qui de surcroit échappent à son contrôle, participe à la constitution d’un stock de connaissance tacites que nous chercherons à spécifier.
Ce colloque, organisé par l’Association pour la recherche qualitative (ARQ) en collaboration avec le Groupe de recherche sur la pratique de la stratégie (GÉPS-HEC Montréal), vise à réfléchir sur les méthodologies qualitatives déployées pour comprendre les dimensions sensorielles, émotionnelles et esthétiques de la pratique, soit la manière dont les êtres humains utilisent leurs connaissances pour accomplir leurs activités. Une attention particulière sera portée aux diverses méthodes par lesquelles les acteurs, qu’il s’agisse des sujets de recherche, des professionnels ou des activistes qui les entourent, participent à la recherche qualitative portant sur ces dimensions de la pratique. Dans les dernières années, plusieurs champs de recherche ont agrandi leurs territoires en intégrant des dimensions fondamentales de la pratique qui prennent vie à travers le corps et qu’on ne peut pas toujours verbaliser ou identifier clairement (Pink, 2015). C’est le cas de la multisensorialité de l’expérience, des émotions et de l’esthétique. Ces dimensions de la pratique posent des défis majeurs en recherche qualitative, car il s’agit de saisir ce qui est invisible et imprévu; bref, ce dont on ne pense pas utile de tenir compte ou de mentionner et qui est ressenti plutôt que verbalisé. Or, ces dimensions de la pratique ont de plus en plus de résonance dans les connaissances disciplinaires et appliquées. Les recherches impliquant la sensorialité, les émotions et l’esthétique ont connu un intérêt croissant dans les sciences sociales et humaines que sont la sociologie (Goodwin, 2001; Howes et Classen, 2013; Vannini et al., 2013), l’anthropologie (Gélard, 2016; Ingold et Howes, 2011), la géographie (Bender, 2002; Davidson et Milligan, 2004), l’éducation (Filliettaz, 2007), la santé (Le Breton, 2011; Lupton, 2017), la gestion (Strati, 2007; Nicolini, 2007), la communication (Moriceau, 2016; Grosjean, 2016), et le design et les arts (Stigliani et Ravasi, 2018).
Titre du colloque :