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Création d’archives matérielles: entre fiction et documentaire, La Nuit de la poésie 27 mars 1970

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Stéphanie Roussel : UQAM - Université du Québec à Montréal

Résumé de la communication

La création d’archives matérielles, en plus d’empêcher le potentiel oubli du patrimoine immatériel et oral, permet d’orienter la perception qu’aura la postérité de pratiques qui nous sont contemporaines. La préservation de la poésie en performance exige sa médiatisation, mais la médiation matérielle n’est jamais neutre : elle impose aux évènements toute une série de filtres qui transforment leurs significations. L’histoire de la poésie en performance au Québec s’est d’ailleurs développée autour de fictions documentaires. Dans le cadre de ma communication, j’analyserai l’une d’entre elles : La Nuit de la poésie 27 mars 1970 réalisé par Jean-Claude Labrecque et Jean-Pierre Masse.

Entre le spectacle du 27 mars 1970 et la sortie du documentaire en 1971, est survenu ce qu’on nomme communément la Crise d’octobre. Le film en est marqué. À travers la captation et le montage cinématographiques, Jean-Claude Labrecque et Jean-Pierre Masse ont extrait les performances de leur contexte d’origine et en ont retenu ce qui se conformait à une représentation spécifique de l’art et du récit national, prenant soin d’escamoter les tensions esthétiques et idéologiques suscitées par l’évènement original. Les changements qu’ils ont apportés notamment à la chronologie créent une « courbe dramatique » imaginée par les cinéastes et donnent à voir des poètes victorieux, unis et partageant la même vision de la prise de parole publique, celle d’une parole collective affranchie et exaltée.

Résumé du colloque

Si son ancrage est éminemment social, puisque « [n]ulle archive [n’est] sans dehors » (Derrida 1995), le document est forcément soumis à un traitement qui est marqué, à divers degrés et de multiples façons, par la subjectivité de l’auteur qui y a recours. À la lumière d’œuvres produites au cours des trois dernières décennies en France et au Québec, il convient de se demander si la littérature contemporaine bouscule, voire met en doute, ce que l’on pourrait désigner comme le fondement étymologique de l’archive, sachant que l’arkhé grec désigne autant le commencement que le commandement, comme le rappelle Derrida (1995). Par son utilisation de l’archive, la littérature incite à un détournement historique – lequel n’est pas forcément à voir de manière négative, dans la mesure où l’œuvre cherche moins à remplacer l’histoire qu’à la replacer. Par ailleurs, pour restreindre le cadre visé par ce colloque, désirons-nous nous limiter à l’analyse d’œuvres qui s’intéressent à la crise historique – qu’on pense en France bien sûr à la Seconde Guerre mondiale et à l’Occupation, à la guerre d’Algérie et à Mai 68, ou au Québec à la crise d’Octobre. Au demeurant, l’archive envisagée pourra être exprimée sous ses différentes formes (historiques, journalistiques, familiales, personnelles) et sous ses divers supports (scriptural, photographique, vidéo). Nous explorerons les stratégies discursives déployées dans la littérature contemporaine en empruntant les axes d’analyse suivants, sans pour autant exclure d’autres avenues : 1) les stratégies d’écriture, ou les ambiguïtés de la vérité en littérature contemporaine relativement au réel et à l’histoire (incertitude, doute et mensonge, camouflage et détour­nement); 2) les stratégies génériques, ou comment l’archive en littérature soulève des ambiguïtés quant au statut de l’œuvre produite, mais aussi des discours auxquels l’histoire adhère; 3) les stratégies réflexives, ou la mise en scène du travail d’archive comme caution du travail littéraire.

Contexte

section icon Thème du congrès 2019 (87e édition) :
Engager le dialogue savoirs – sociétés
manager icon Responsables :
Eric Chevrette
section icon Date : 27 mai 2019

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