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Démocratiser l'action publique en éducation et en santé et services sociaux ? Utopie et réalité

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Isabelle Ruelland : UQAM - Université du Québec à Montréal

Résumé de la communication

Étudier la démocratisation de l’action publique implique de se confronter à une dualité: d’une part, il s’agit de se préoccuper de comprendre et d’expliquer la réalité des organisations et des rapports sociaux de pouvoir à l’œuvre et d’autre part, il s’agit de concevoir des pratiques plus « innovantes », plus « participatives » et plus « collaboratives ». Un tel mode de construction de connaissances agençant description et prescription marque ce champ de recherche interdisciplinaire. Un des risques consiste à réduire la notion de démocratisation à l’application de méthodes en occultant les inégalités sociales de pouvoir. Les réseaux scolaires et sociosanitaires constituent des secteurs publics privilégiés pour examiner des processus de démocratisation dans des champs d’intervention fortement institutionnalisés et marqués par une intervention active des gouvernements et des pouvoirs publics. Dans la mesure où l’action publique repose sur une volonté de contrôle de l’action et des ressources disponibles, elle se constitue en enjeu de pouvoir et de conflits. Elle est le théâtre de relations sociopolitiques entre des acteurs disposant de ressources asymétriques. Elle distribue des positions, assigne des places aux individus et, du même coup, peut renforcer les inégalités. Comment alors concilier les désirs de démocratisations avec les rapports sociaux de pouvoir qui se vivent au quotidien?

Résumé du colloque

Plusieurs recherches, sondages et lettres ouvertes tendent à montrer que la dimension humaine des services offerts dans les réseaux scolaires et sociosanitaires est en péril (Le Devoir, 2018; Lévesque, 2018; Rousseau, 2018). La « déshumanisation » des pratiques et l’« autoritarisme » de l’organisation des réseaux devenus « trop centralisée » sous l’effet de réformes souvent associées aux préceptes de la nouvelle gestion publique et aux approches de type Lean est particulièrement pointée du doigt (Grenier et Bourque, 2016; Maranda et al., 2014; Parazelli et Ruelland, 2017). Paradoxalement, les politiques en matière d’organisation de l’action publique en éducation et en santé et services sociaux reconnaissent l’importance de l’autonomie professionnelle, de la collaboration et de la participation des usagers, notamment lorsqu’il s’agit d’intervenir dans des situations complexes (Couturier et Belzile, 2018). Vue comme une possibilité de mieux coordonner l’action publique et de mettre à profit la complémentarité des expertises, la collaboration devient un impératif organisationnel, professionnel et juridique pour les professionnels, les gestionnaires de même que les usagers et leurs proches. Les espaces de collaboration prescrite peuvent-ils être des lieux de démocratisation, c’est-à-dire des lieux de dialogue où chacun exprime librement son point de vue; de coconstruction des pratiques menant à des prises de décision collective; d’interreconnaissance des savoirs et des activités de chacun; agissant sur les inégalités sociales de pouvoir de manière à les réduire durant l’élaboration de problèmes et de solutions; consolidant le pouvoir d’agir collectif sur l’organisation de l’action publique? Comment les différents acteurs concernés peuvent-ils se saisir des occasions de collaboration pour démocratiser l’organisation de l’action publique; c’est-à-dire pour agir sur les mécanismes de reproduction d’inégalités sociales de pouvoir induite par un contexte organisationnel déterminé?

Contexte

section icon Thème du congrès 2019 (87e édition) :
Engager le dialogue savoirs – sociétés
section icon Date : 27 mai 2019

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