Veuillez choisir le dossier dans lequel vous souhaitez ajouter ce contenu :
Membre a labase
Josiane Roy-Lafrenière : Université Laval
Depuis le tournant néolibéral, les restructurations sont nombreuses et chacune d’entre elles comporte son lot de domination (Dejours, 2015). Dans le secteur de la santé et des services sociaux, une part de cette domination prend forme dans les prescriptions à la performance qui peuvent transformer l’organisation du travail des gestionnaires et des professionnels de terrain dans un sens qui n’est parfois pas cohérents avec les principes humanistes inhérents au travail social (Chénard et Grenier, 2012). Inspirée de mon projet doctoral, cette contribution vise à retracer les différentes perspectives théoriques utilisées jusqu’à maintenant par les chercheurs qui s’intéressent à cette problématique et à présenter l’intérêt, pour nous, de l’aborder plutôt sous l’angle du conflit de critères qui, dans un espace démocratique permettant d’ouvrir le dialogue, peut être source de développement du travail que l’on qualifie de « bien fait » (Clot, 2017). Plus spécifiquement, nous mettrons en discussion ce que peut permettre une clinique de l’activité et nous réfléchirons sur les processus qui pourraient être source de construction de nouvelles formes de rationalité, notamment dans la mise en place d’un dialogue au sein de la ligne hiérarchique (entre les gestionnaires et les professionnels), pour démocratiser l’organisation du travail.
Plusieurs recherches, sondages et lettres ouvertes tendent à montrer que la dimension humaine des services offerts dans les réseaux scolaires et sociosanitaires est en péril (Le Devoir, 2018; Lévesque, 2018; Rousseau, 2018). La « déshumanisation » des pratiques et l’« autoritarisme » de l’organisation des réseaux devenus « trop centralisée » sous l’effet de réformes souvent associées aux préceptes de la nouvelle gestion publique et aux approches de type Lean est particulièrement pointée du doigt (Grenier et Bourque, 2016; Maranda et al., 2014; Parazelli et Ruelland, 2017). Paradoxalement, les politiques en matière d’organisation de l’action publique en éducation et en santé et services sociaux reconnaissent l’importance de l’autonomie professionnelle, de la collaboration et de la participation des usagers, notamment lorsqu’il s’agit d’intervenir dans des situations complexes (Couturier et Belzile, 2018). Vue comme une possibilité de mieux coordonner l’action publique et de mettre à profit la complémentarité des expertises, la collaboration devient un impératif organisationnel, professionnel et juridique pour les professionnels, les gestionnaires de même que les usagers et leurs proches. Les espaces de collaboration prescrite peuvent-ils être des lieux de démocratisation, c’est-à-dire des lieux de dialogue où chacun exprime librement son point de vue; de coconstruction des pratiques menant à des prises de décision collective; d’interreconnaissance des savoirs et des activités de chacun; agissant sur les inégalités sociales de pouvoir de manière à les réduire durant l’élaboration de problèmes et de solutions; consolidant le pouvoir d’agir collectif sur l’organisation de l’action publique? Comment les différents acteurs concernés peuvent-ils se saisir des occasions de collaboration pour démocratiser l’organisation de l’action publique; c’est-à-dire pour agir sur les mécanismes de reproduction d’inégalités sociales de pouvoir induite par un contexte organisationnel déterminé?
Titre du colloque :