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Licia Soares De Souza : UQAM - Université du Québec à Montréal
Notre communication examinera les stratégies mises en place par Monique Proulx (Québec) et Inês Pedrosa (Portugal/Brésil) qui contribuent à fonder un activisme politique au féminin et à reconfigurer des systèmes littéraires et des imaginaires. Proulx milite pour la vitalité et l'enrichissement des productions québécoises, l'OQLF lui ayant d’ailleurs décerné le Mérite du français dans la culture en 2017. Avec Ce qu’il reste de moi (2015), elle montre comment le rêve de la « Folle Entreprise » de Jeanne Mance, qui préconisait l’union transculturelle des Colonisateurs et des Autochtones, renaît dans un Montréal contemporain. Des héros migrants méconnus deviennent des conteurs, chargés de maintenir les legs personnels et collectifs dans un espace charnière comme la métropole québécoise. Pedrosa, militante pour la décriminalisation de l’avortement et des causes LGBT, développe dans un roman qui se déroule en Salvador de Bahia, première capitale de la colonie la plus grande du Portugal, une trame d’échanges transculturels. Elle dialogue avec les textes d’Antonio Vieira, jésuite qui, comme Mance, avait des positions en faveur des droits des peuples autochtones, et critiquait les pratiques de l’esclavage et de l’Inquisition. Les deux écrivaines construisent des récits où les textes historiques, qui évoquent une mémoire de lutte ancestrale pour la transculturalité dans le Nouveau Monde, émergent pour motiver des réflexions sur les droits des minorités dans le contexte contemporain.
Dès la fin de la guerre froide, nous observons le surgissement d’un nouvel ordre géopolitique : la mondialisation (Dirlik, 2007; Freitag, 2008; Gélinas, 2000; Lewellen, 2002; Sassen, 2009). Ce changement entraîne aussi des métamorphoses culturelles, telles que la fin du postmodernisme, événement confirmé au début du 21e siècle (Hutcheon, 2002; Hassan, 2003; Ferrer, 2010). Pendant la même période, nous constatons que, du point de vue des études littéraires, de nombreux théoriciens se penchent de nouveau sur le concept de littérature mondiale (Casanova, 1999; Prendergast, 2004; Damrosch, 2003, 2011, 2014; Miller, 2011) et ouvrent les frontières afin de dépasser le point de vue occidental en intégrant la notion de mondialisation aux études littéraires (Patil, 2006; Saussy, 2006; Pizer, 2006; Gupta, 2009). Plusieurs chercheurs approfondissent aussi les relations entre littérature et traduction (Apter, 2013; Dyre, 2009; Xie et Shi, 2011; Chaudhuri, 2012; Morgan, 2013; Casanova, 2015), contestent le concept de canon littéraire (Insko, 2003; Kermode, 2004; Fishelov, 2010) et déclarent la naissance de l’âge hypercanonique (Damrosch, 2006). Cependant, à la même époque, nous constatons une tendance contraire par rapport aux écrivaines (Planté, 2003; Underwood et Bamman, 2016; Glorieux, 2017; Langlais, 2017). En effet, des publications récentes soulignent un phénomène de « déféminisation » (Langlais, 2017) de la littérature, soulignant même « un écart entre la présence de femmes écrivains dans la culture vécue et leur faible visibilité dans l’histoire littéraire » (Planté, 2003, p. 655). Ainsi, malgré les mouvements féministes observés depuis l’après-guerre et la récente redéfinition du canon littéraire, les écrivaines continueraient de devoir surmonter de nombreux obstacles afin de faire rayonner leurs œuvres. En faisant suite à ces constats, ce colloque se propose de susciter un regard critique sur les enjeux qui caractérisent la place des écrivaines dans la littérature mondiale.
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