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Catherine Larochelle : Université de Montréal
Titulaire du cours de méthodologie en histoire à l’Université de Montréal depuis l’automne 2019, je dois initier les étudiant.e.s d’histoire, les futur.e.s enseignant.e.s en univers social et d’autres étudiant.e.s à la discipline historique. Cette expérience d’enseignement m’a fait vivre trois types d’inconfort en tant que professeure : l’inconfort lié à l’enseignement du racisme à des étudiant.e.s concerné.e.s en tant que femme blanche (« ai-je l’air de prendre cela à la légère? »), l’inconfort lié à des choix féministes dans un cours général de méthodologie (« suis-je trop? », « ça dérange, dois-je diminuer mon contenu lié aux femmes? ») et l’inconfort lié à l’enseignement d’une matière non-maîtrisée (« comment répondre à leurs questions? »). En abordant ces sujets, je soutiendrai que l’acceptation de cet inconfort doit être considérée comme un engagement dans l’enseignement et qu'il ne doit pas nécessairement viser à être dépassé.
Il existe une réelle volonté, partagée par des chercheurs et praticiens en éducation, de promouvoir une meilleure justice sociale par l’étude des inégalités. On souhaite préparer les élèves à agir sur le monde pour le rendre plus juste. Cette manière de penser l’école trouve sa source au sein des pédagogies critiques (Freire, 1974), antiracistes (Eckmann et Davolio, 2002) et féministes (Brunet et Demers, 2018). Les enseignants sont incités à traiter des relations de pouvoirs en classe, par l’entremise des notions de genre, de race, d’ethnicité, de langue, de classe et d’invalidité, pour ne nommer que celles-là, qui structurent la vie sociale. Mais il faut bien le constater, parler de ces thèmes cause de l’inconfort autant aux enseignants qu’aux élèves. Le présent symposium vise à mieux comprendre cet inconfort (Boler et Zembylas, 2003) en ciblant en particulier la classe d’histoire.
La classe d’histoire, souvent associée à la formation des futurs citoyens, est perçue comme un lieu naturel pour traiter des rapports de pouvoir à l’école. Les sujets ne manquent pas : esclavagisme, luttes féministes, exclusions historiques de groupes minorisés, etc. Mais ces sujets créent des inconforts. Certains enseignants craignent de paraître militants. On observe aussi des résistances à l’intégration de ces questions dans les curriculums (Scott et Gani, 2018). D’autres enseignants se sentent à l’aise d’analyser sous l’angle des perspectives (Seixas et Morton, 2012), mais préfèrent parfois les mettre sur un pied d’égalité, écartant par le fait même l’étude des hiérarchies et marginalisations sociales. On peut comprendre que plusieurs craignent de mettre en péril l’« espace sécuritaire » que constitue leur classe (Zembylas, 2015).
Il nous paraît fondamental de mieux documenter et théoriser cet inconfort pour ultimement l’anticiper, et agir. Ce symposium sera donc centré sur la problématique suivante : pourquoi cet inconfort, comment le comprendre et de quelle manière l’accueillir?
Titre du colloque :