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Marianne Zogmal : Université de Genève
Dans les métiers de la prise en charge d’autrui, le travail interactionnel est central. Concernant l’éducation de l’enfance notamment, les ajustements réciproques et incessants entre enfants et professionnel.le.s amènent à une grande imprévisibilité des déroulements interactionnels. Le travail accompli par les éducatrices et éducateurs se caractérise par un aspect « discrétionnaire » (Pastré, 2011), au sens où il produit une obligation de résultats sans certitude des moyens permettant de les atteindre. Dans une tension entre finalités éducatives normatives et gestes professionnels qui dépendent de la situation, il est dès lors difficile de définir les pratiques considérées comme expertes. Les compétences professionnelles, souvent de l’ordre de compétences interactionnelles, restent floues et méconnues. Dans ce contexte, cette contribution vise à présenter un dispositif de formation continue, mobilisant une démarche d’analyse interactionnelle de films audio-vidéo. Comment une telle analyse peut-elle permettre aux praticiens de construire une posture réflexive, d’identifier des ingrédients des processus en cours et de définir des éléments de leurs compétences professionnelles ? Un regard descriptif sur les pratiques observables peut-il contribuer à une meilleure reconnaissance des compétences mobilisées par les éducatrices et éducateurs, pour les praticiens eux-mêmes ainsi que sur le plan social ?
Problématique
L’usage qu’on peut faire de l’approche par compétences n’est pas indépendant du contexte ni de la notion de compétence elle-même. En effet, ce concept est adopté dans de nombreux domaines : linguistique, technologie éducative, psychologie cognitive, entreprise, sociologie, sociologie du travail, didactique professionnelle et formation des adultes, ergonomie, éducation de base, contexte scolaire, etc. Les vocables qu’elle mobilise sont foisonnants : compétences professionnelles, sociales, transversales, de base, académiques, disciplinaires, scolaires, cognitives, affectives, etc. Ce foisonnement n’est pas neutre. Il témoigne d’enjeux forts dans les rapports sociaux, entre employeurs et employés, entre gestionnaires des ressources humaines et les organismes syndicaux et professionnels, entre formateurs et stagiaires, enseignants et élèves.
Le colloque vise à réunir des communications sur la base de résultats empiriques, de réflexions théoriques ou d’expériences professionnelles. Trois axes seront privilégiés :
– Un axe sémantique visant à interroger le sens et la signification du terme de compétence au regard d’autres termes auxquels il peut être associé ou opposé. Il s’agit notamment de s’interroger sur les glissements sémantiques constatés entre qualification, capacité, compétence, employabilité.
– Un axe relatif aux processus d’acquisition des compétences dans leur pluralité : situation de travail, formation professionnelle, apprentissage informel. Seront également discutés les processus d’évaluation et de transfert des compétences, les démarches de reconnaissance et de validation des acquis de l’expérience.
– Un axe sociopolitique interrogeant les contextes d’émergences de l’approche par les compétences ainsi que les usages sociaux qui en sont faits. Il s’agit notamment d’interroger les enjeux et la portée qui sous-tendent le foisonnement de l’approche par les compétences ainsi que les limites pour ne pas dire les perversions qu’elle peut engendrer.
Pertinence
Le débat sur la notion de compétence montre qu’il n’existe pas une, mais plusieurs façons d’opérationnaliser ce concept. Deux enjeux principaux sous-tendent le colloque. Il s’agit tout d’abord de réunir des chercheurs et des praticiens de différents pays pour partager les résultats de leurs recherches et de leur pratique professionnelle d’accompagnement en la matière. Il s’agit ensuite d’interroger la pertinence de l’approche par les compétences au regard des enjeux sociaux, professionnels et personnels des différents acteurs que cette approche mobilise.
L’organisation du colloque est envisagée sur une durée de deux journées structurées en quatre séances d’une demi-journée chacune. Chaque séance contiendra trois communications d’une heure avec 40 minutes d’exposé et 20 minutes de débats.
Une conférence introductive sera donnée par le professeur Maurice Tardif (Université de Montréal) et sera ouverte au-delà des participants au colloque.
Titre du colloque :