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Joëlle Bissonnette : UQAM - Université du Québec à Montréal
La littérature sur l’entrepreneur culturel tient peu compte des contextes sociaux dans lesquels évoluent les entrepreneurs culturels. Cette communication propose un modèle, inspiré de la perspective de la pratique, qui permet de s’intéresser aux pratiques d’entrepreneurs culturels en lien avec le contexte social dans lequel elles ont lieu. À la lumière de 50 entretiens semi-dirigés menés auprès d’entrepreneurs de l’industrie de la musique de la Catalogne (Espagne) et des communautés francophones minoritaires du Canada, ce modèle met en évidence des tensions vécues par ces entrepreneurs, au niveau des ressources, de la carrière et de l’art. Ces tensions, induites par le contexte social de minorité linguistique, sont réconciliées par des pratiques d’adaptation, de développement et d’affirmation qui, à leur tour, influencent ce contexte. En invitant à observer les pratiques d’entrepreneurs culturels telles qu’elles répondent aux défis, tensions, ressources et opportunités d’un contexte social marginal et telles qu’elles le transforment, l’approche proposée présente, sur le plan théorique, le potentiel de complexifier notre conceptualisation de l’entrepreneur culturel à partir de sa relation au contexte social. Sur le plan pratique, comprendre les pratiques réelles d’entrepreneurs culturels de contextes sociaux marginaux, des pratiques souvent informelles et non-économiques, peut éclairer les politiques visant à soutenir l’entrepreneuriat culturel dans ces contextes marginaux.
L’apport de l’entrepreneuriat culturel et créatif à l’économie locale, mais également mondiale, est de plus en plus important, contribuant ainsi au développement économique et social de la société (Anderson et al., 2014). À ce premier phénomène se conjugue un autre, celui de la standardisation de la culture mondiale par les médias de masse et les grandes entreprises. Devant cette globalisation, un nombre grandissant d’entrepreneurs au sein des industries créatives et culturelles en viennent à adopter des caractéristiques communes, formant ainsi une masse dominante. On peut décliner ces caractéristiques selon trois dimensions. Il s’agit d’entrepreneurs : 1) se regroupant dans des métropoles créatives; 2) homogènes sur le plan socioculturel (langue, nationalité, religion, etc.); ou 3) créant des œuvres visant une diffusion dans les médias de masse. Si on dénote un intérêt sociopolitique grandissant envers les industries créatives et culturelles, le monde universitaire de la gestion n’est pas en reste. Plusieurs recherches se penchent sur l’entrepreneuriat culturel et créatif. Cependant, ces recherches, qui sont relativement uniformes, s’arrêtent à la manière d’entreprendre chez les acteurs appartenant aux masses. Du coup sont laissés de côté notamment les entrepreneurs : 1) hors des métropoles créatives (par exemple, les artistes hors des métropoles comme Montréal, Toronto, Los Angeles, New York, Paris); 2) appartenant à une minorité (par exemple, les minorités linguistiques ou ethniques); 3) qui diffusent volontairement leurs œuvres par des médias alternatifs, qualifiés ici d’entrepreneuriat marginal (par exemple, les groupes heavy metal). Conséquemment, trois questions doivent être posées : qu’est-ce qu’entreprendre hors des métropoles créatives? Qu’est-ce l’entrepreneuriat chez les minorités? Qu’est-ce que l’entrepreneuriat marginal? Ces trois questions forment les trois axes sous-tendant la problématique du colloque proposé.
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