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Nathalie Bissonnette : Université Laval
Les résultats de l’étude de réception médiatique discutés dans cette communication mettent en lumière l’apport de l’étude des masculinités dans l’analyse des différentes façons qu’emploient des hommes pour donner du sens aux messages de la campagne My Strength Is Not for Hurting. Cette campagne de marketing social mise sur l’échange d’un gain entre deux parties tout en minimisant le prix à payer, par le public cible, pour adopter un comportement nouveau. Les messages de la campagne My Strength visent à mobiliser les hommes dans la prévention des agressions sexuelles en les interpellant par une caractéristique traditionnellement associée au masculin, la force. Cet attribut représente le bénéfice promis en échange d’un comportement sexuellement responsable. Nous verrons que le discours critique des participants à l’égard de la masculinité hégémonique qu’ils perçoivent dans la publicité les amène à rejeter la récompense proposée (la force) et à refuser le prix à payer (identité de violeur potentiel). S’appuyant sur un discours croisant le genre et la classe, les participants s’engagent alors dans un processus d’altérisation par lequel ils construisent une subjectivité masculine différente et supérieure. Ce rapport à l’autre au sein de la hiérarchie sociale des masculinités favorise ainsi la construction d’un autre public cible et leur déresponsabilisation à l’égard de la prévention des agressions sexuelles, marquant ainsi l’échec de la campagne My Strength auprès d’eux.
Ce colloque s’intéresse aux enjeux méthodologiques entourant les études sur le genre, les médias et la communication publique. Les recherches sur les rapports de pouvoir sexués, qui font référence à la bicatégorisation hiérarchisée des sexes et aux connotations qui leur sont associées, soulèvent de nombreuses questions ontologiques, épistémologiques et éthiques qui sont rarement abordées dans les études plus classiques en études des médias et en communication publique, notamment sur la nature même de la science et de la connaissance, sur la cohérence des points de repère théoriques et méthodologiques mobilisés, sur les rapports de pouvoir entre les chercheurs et chercheuses et leurs répondant.e.s. De même, les approches méthodologiques inductives, les outils de collecte de données et les méthodes d’analyse qui sont privilégiées en études féministes des médias et de la communication publique diffèrent souvent des approches dominantes dans ce champ d’étude, ce qui pose des défis particuliers aux étudiant.e.s des cycles supérieurs qui travaillent dans ces perspectives. Enfin, les rares recherches historiques sur le genre et les médias, ou les actuelles perspectives queer sur l’espace public, amènent les jeunes chercheurs ou chercheuses à poser des questions rarement abordées dans les recherches en communication, ce qui leur lance des défis méthodologiques costauds pour lesquels il existe encore peu de points de repère scientifiques, même en études féministes. Le colloque a comme objectif de créer un lieu de discussion entre candidat.e.s au doctorat et chercheuses débutantes et chevronnées qui permettra de nommer ces difficultés et enjeux, et de délier certains noeuds.
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