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Jacques L. Boucher : UQO - Université du Québec en Outaouais
L’évolution du régime forestier au Québec (Blais et Boucher, 2013) nous montre que s’est établi un bloc social hégémonique dans une alliance entre l’industrie forestière et l’État. Des acteurs sociaux ont cherché à amoindrir ou briser cette hégémonie : syndicats et coopératives des cultivateurs-bûcherons, syndicats ouvriers, communautés locales, etc. Au cours des dernières décennies, des acteurs sociaux plus historiques et de nouveaux acteurs sociaux semblent avoir contribué à ébranler cette hégémonie, ce qui a provoqué les travaux de la Commission Colombe et un renouvellement des politiques forestières (Qc, 2008 et 2015). Des signes de déconcentration sont apparus avec l’implantation des Tables GIR et la prise en considération des élus municipaux, mais l’orientation finale et la gouvernance réelle des ressources forestières locales et régionales semblent devoir demeurer sous l’autorité finale du tandem industrie et représentants du ministère de la Forêt. Dans cette présentation, il sera question (1) de l’évolution du régime forestier en tenant compte des alliances et des résistances des acteurs sociaux, (2) des effets de ce système social tant sur le développement territorial que sur le travail en milieu forestier sous l’angle à la fois de l’innovation sociale et de son blocage et (3) de possibles interstices qui augureraient une participation réelle des diverses parties prenantes à un mode de gouvernance socio-écosystémique proche des « communs » (Ostrom, 1990).
Les changements politiques contemporains se manifestent par la promotion de modes d’action publique qui mettent au second plan le rôle régulateur de l’État et le dialogue avec la société civile organisée, tout en mettant à l’épreuve la solidarité et la cohésion sociales. Si les innovations sociales sont souvent nées dans de telles configurations, ces contraintes représentent néanmoins des défis de taille tant pour les praticien-ne-s que pour les chercheur-se-s. La capacité des innovations sociales à conduire à des transformations sociales et à de l’action publique, ou à constituer une forme de résistance à l’effritement du lien social, est ainsi de nouveau remise en question. Le but de ce colloque est de comprendre comment l’arrimage recherche-terrain permet aux acteurs de se repositionner dans un environnement en mutation et de produire des connaissances et des pratiques transformatrices. Ces défis se déclinent sur plusieurs plans :
- L’économie sociale et les autres organisations collectives sont interrogées sur leur capacité de développer une action autonome et sur leur rapport à un État qui semble moins porté vers les modèles à but non lucratif qu’il l’a déjà été.
- Les territoires, dont les instances de concertation et de développement, souvent mises à mal par les nouvelles orientations politiques, doivent trouver de nouvelles avenues pour préserver les solidarités, assurer une transition écologique et penser leur développement social.
- Le travail et ses acteurs subissent ces changements à travers la déstabilisation tant du statut salarial que des institutions syndicales.
Ces questions conduisent à s’interroger sur les pratiques et sur le rôle des établissements d’enseignement supérieur comme miroir critique et comme incubateur d’innovations sociales. Ce colloque invite également à analyser l’action spécifique de ces « passeurs » et « opérateurs » du dialogue savoirs-société, qu’ils soient assimilés au domaine universitaire ou à la pratique sociale.
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