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Louise Frappier : Université d'Ottawa
Le personnage historique de Jeanne d’Arc apparaît très tôt sur les planches, en France, et ce, peu de temps après le décès de la jeune femme sur le bûcher, en 1431. Le Mystère du Siège d’Orléans, dont il existe un unique manuscrit datant probablement du début du XVIe siècle, est en effet une version remaniée et augmentée d’un texte original qui fut sans doute créé avant 1439. Deux tragédies relatant les derniers moments de Jeanne d’Arc sont également publiées à la toute fin du XVIe siècle : il s’agit de l’Histoire tragique de la Pucelle d’Orléans du père Fronton du Duc, représentée à Pont-à-Mousson en 1580 et publiée l’année suivante par Jean Barnet, et de la Tragédie de Jeanne D’Arques, dite la Pucelle d’Orleans de Jean de Virey, laquelle fut publiée à Rouen en 1600. Dans cette communication, je me propose d’analyser, dans ces trois textes théâtraux, la construction de l’ethos discursif de ce personnage historique qui cristallise à merveille les tensions entre héroïsme guerrier, éloquence et féminité. Je m’attarderai tout particulièrement sur le poids des spécificités formelles des « genres » du mystère et de la tragédie de tradition humaniste dans la construction d’un éthos de femme de condition modeste chargée d’une mission politico-guerrière d’envergure nationale.
Au Québec, les études de généricité (gender studies) en littérature française se sont beaucoup développées et transformées depuis leur émergence dans les années 1980. En effet, on assiste à des changements de paradigme importants sur le plan théorique; les problématiques liées à la construction de la féminité et de la masculinité ne sont plus désormais pensées en termes d’oppositions binaires (féminin-masculin), mais sont envisagées selon un spectre analogique de degrés plus ou moins prononcés au regard d’un pôle ou de l’autre. Les travaux menés au cours des dernières décennies ont donc soulevé de nouveaux enjeux relatifs aux prises de parole des femmes, notamment sous l’Ancien Régime. Par exemple, les phénomènes de ventriloquie textuelle où des hommes font parler des femmes et où des femmes font parler des hommes suscitent des interrogations quant à la notion d’écriture féminine ou de parole féminine et mettent en cause le caractère essentialiste de ces notions. Or, le professeur Jean-Philippe Beaulieu, de l’Université de Montréal, a été l’un des premiers chercheurs francophones à avoir au Québec formulé ces nouvelles questions et exploré des corpus jusque-là négligés. Non seulement il a choisi de travailler sur les écrits inédits d’une femme du XVIe siècle, Hélisenne de Crenne, ce qui à la fin des années 1980 était un geste novateur pour l’époque, mais il a aussi coorganisé en 1992 le premier colloque international exclusivement consacré aux femmes écrivains de l’Ancien Régime. Cette première rencontre savante a été suivie de plusieurs autres. Tout au long de sa carrière, J.-P. Beaulieu a privilégié des sujets à l’avant-garde de la recherche dans le domaine des écrits de femmes et il est maintenant reconnu sur la scène internationale comme LE spécialiste des écrits d’Hélisenne de Crenne. Nous souhaitons profiter de son départ à la retraite pour faire le point sur les études dont il a été un précurseur et qui empruntent aujourd’hui des avenues diversifiées.
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