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Eve-Marie Lampron : UQAM - Université du Québec à Montréal
Cette communication prend assise sur une démarche d’intégration de savoirs sur les femmes racialisées, autochtones et des Suds globaux dans l’enseignement de l’histoire des féminismes. Ce projet universitaire collectif a permis d’ajouter au curriculum des figures et groupes auparavant méconnus. Il a aussi suscité des discussions (inconfortables mais nécessaires) en classe concernant certains discours racistes et rapports problématiques entretenus entre quelques figures « historiques » du féminisme et des femmes marginalisées. Le processus a été reçu favorablement par les personnes étudiantes inscrites. Or, il n’est pas sans poser de défis. Dans quelle mesure favorise-t-il des apprentissages en profondeur ? Une adaptation de la célèbre typologie de Micheline Dumont, portant sur la place des femmes dans les travaux historiques et allant de l’occultation à l’intégration conceptuelle infléchissant les lignes directrices (Dumont, 2013) fournit quelques balises interprétatives. De plus, ce processus implique une réflexivité épistémologique qui amène l’enseignante à se « dévoiler » à la classe et pousse les étudiantes à réfléchir à leurs propres rapports à l’histoire, voire aux régimes d’historicité. À partir d’une expérience pédagogique et politique concrète visant à contrer le silence curriculaire de certaines voix (Mayo, 2004; Briskin, 2019 – à paraître) dans les cours d’histoire des féminismes, cette communication abordera différentes modalités de «gestion» de l’inconfort.
Il existe une réelle volonté, partagée par des chercheurs et praticiens en éducation, de promouvoir une meilleure justice sociale par l’étude des inégalités. On souhaite préparer les élèves à agir sur le monde pour le rendre plus juste. Cette manière de penser l’école trouve sa source au sein des pédagogies critiques (Freire, 1974), antiracistes (Eckmann et Davolio, 2002) et féministes (Brunet et Demers, 2018). Les enseignants sont incités à traiter des relations de pouvoirs en classe, par l’entremise des notions de genre, de race, d’ethnicité, de langue, de classe et d’invalidité, pour ne nommer que celles-là, qui structurent la vie sociale. Mais il faut bien le constater, parler de ces thèmes cause de l’inconfort autant aux enseignants qu’aux élèves. Le présent symposium vise à mieux comprendre cet inconfort (Boler et Zembylas, 2003) en ciblant en particulier la classe d’histoire.
La classe d’histoire, souvent associée à la formation des futurs citoyens, est perçue comme un lieu naturel pour traiter des rapports de pouvoir à l’école. Les sujets ne manquent pas : esclavagisme, luttes féministes, exclusions historiques de groupes minorisés, etc. Mais ces sujets créent des inconforts. Certains enseignants craignent de paraître militants. On observe aussi des résistances à l’intégration de ces questions dans les curriculums (Scott et Gani, 2018). D’autres enseignants se sentent à l’aise d’analyser sous l’angle des perspectives (Seixas et Morton, 2012), mais préfèrent parfois les mettre sur un pied d’égalité, écartant par le fait même l’étude des hiérarchies et marginalisations sociales. On peut comprendre que plusieurs craignent de mettre en péril l’« espace sécuritaire » que constitue leur classe (Zembylas, 2015).
Il nous paraît fondamental de mieux documenter et théoriser cet inconfort pour ultimement l’anticiper, et agir. Ce symposium sera donc centré sur la problématique suivante : pourquoi cet inconfort, comment le comprendre et de quelle manière l’accueillir?
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