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Nathalie Plante : Université d'Ottawa
Au Québec, la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ) est l’institution publique chargée, entre autres, de l’application de la Loi sur la protection de la jeunesse (LPJ), adoptée en 1977, et de la protection des enfants dont la sécurité ou le développement sont ou peuvent être considérés comme compromis. Ces situations, appelées des motifs de compromission, sont décrites dans la loi et ont changé à travers le temps. En 2006, les mauvais traitements psychologiques sont intégrés à la liste des motifs de compromission.
Afin de comprendre les multiples difficultés que pose l’intervention des services de protection de l’enfance dans les situations de mauvais traitements psychologiques envers les enfants et les débats qui l’entourent aujourd’hui, il nous apparaît essentiel de questionner la construction sociale des mauvais traitements psychologiques envers les enfants en tant que problème public et les représentations sociales qui y ont été associées aux différentes étapes de sa construction.
La conférence fera état du modèle d’analyse de la carrière des problèmes sociaux développé par Blumer (1971) auquel nous avons arrimé l’analyse des processus d’ancrage et d’objectivation des représentations sociales. Les résultats préliminaires de l’analyse des archives médiatiques des journaux ayant le plus grand lectorat au Québec dans les années entourant les modifications législatives susmentionnées seront présentés.
Les problèmes publics peuvent être liés à différents domaines de la société tels que l’écologie, la sécurité routière, etc. Dans le cadre de ce colloque, nous nous intéressons plus spécialement aux problèmes publics du domaine social (par exemple : la pauvreté, la toxicomanie, l’itinérance, le chômage, la maltraitance des enfants, la violence faite aux femmes, le racisme, etc.) que nous proposons d’appeler ici problèmes sociaux.
De nombreux auteurs ont écrit sur la notion de problème social, ont proposé une définition, ont tenté de tracer les contours de la notion (par exemple Rezsohazy, 1980; Horton et Leslie, 1971; Manis, 1974). D’autres auteurs se sont plus spécifiquement arrêtés aux processus complexes qui transforment une situation en un problème social, dont Blumer ou encore Spector et Kitsuse. La construction d’un problème social fait depuis l’objet d’une multitude d’études, de colloques, de publications, etc. qui tentent d’en saisir les frontières conceptuelles et théoriques (Dorvil et Boucher-Guèvremont, 2014; Loseke, 2003; Dorvil et Mayer, 2001; Hacking, 1999). De grandes interrogations subsistent : qu’est-ce qui définit vraiment un problème social? Les conditions du problème? Sa gravité? Sa prévalence? Ou plutôt les individus et les groupes que ce problème touche? La société et sa façon de prendre en charge ou de répondre au problème?
À cet égard, peu d’études se sont penchées sur le rôle des représentations sociales dans ce processus de construction des problèmes sociaux. En effet, même si plusieurs recherches se sont intéressées à l’influence des représentations sociales dans le contexte de l’intervention (Castro et Batel, 2008; Jodelet, 2012; Negura, 2016), elles l’ont rarement fait dans une perspective plus large de construction et de définition collective des problèmes sociaux. Il s’agit là d’un élément de réflexion riche pour une meilleure compréhension des interventions sociales, par exemple de leurs limites, des difficultés qui sont rencontrées ou encore de la réalité des intervenants et intervenantes. Réflexion à laquelle ce colloque souhaite contribuer.
Ce colloque se propose ainsi d’offrir aux chercheurs qui emploient différentes approches théoriques dans l’étude des problèmes sociaux, et qui proviennent de divers champs disciplinaires, de se réunir et de réfléchir aux aspects théoriques et empiriques de la définition des problèmes sociaux comme objets de représentation. Ce colloque constitue aussi un espace d’échange sur la pertinence pratique de l’analyse des problèmes sociaux dans une perspective des représentations sociales et sur la richesse des regards que cette perspective apporte sur toute une variété de problèmes sociaux auxquels la société est amenée à se confronter.
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