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René Lachapelle : UQO - Université du Québec en Outaouais
Les démarches de développement des communautés territoriales ont été affectées par l’exclusion de la société civile, les changements importants aux structures de soutien locales (centres locaux de développement), l’abolition des instances régionales (conférences régionales des élus et agences de la santé et des services sociaux) et la disparition de la Politique nationale de la ruralité accompagnée de l’éreintement de Solidarité rurale Québec. Les petites agglomérations qui disposent de moins de ressources humaines, ont été plus affectées que les grandes. L’étude menée depuis quelques années de démarches de développement territorial inspirées par des perspectives d’intégration nous a permis de constater l’impact de ces changements, mais aussi la capacité de rebondir de certaines collectivités. Plusieurs facteurs sont susceptibles de faire la différence quant à la capacité des communautés territoriales à relancer leurs initiatives, notamment l’historique des concertations locales, le leadership exercé par les élus locaux, les possibilités d’accès aux savoirs pratiques d’autres collectivités et aux savoirs universitaires, le soutien transitoire de la philanthropie, etc. Les praticiennes et praticiens de l’intervention collective, lorsqu’ils savent coordonner leurs efforts peuvent jouer un rôle déterminant pour l’intégration des perspectives sectorielles et l’apprentissage d’une transdisciplinarité au service d’un développement plus intégré des communautés territoriales.
Les changements politiques contemporains se manifestent par la promotion de modes d’action publique qui mettent au second plan le rôle régulateur de l’État et le dialogue avec la société civile organisée, tout en mettant à l’épreuve la solidarité et la cohésion sociales. Si les innovations sociales sont souvent nées dans de telles configurations, ces contraintes représentent néanmoins des défis de taille tant pour les praticien-ne-s que pour les chercheur-se-s. La capacité des innovations sociales à conduire à des transformations sociales et à de l’action publique, ou à constituer une forme de résistance à l’effritement du lien social, est ainsi de nouveau remise en question. Le but de ce colloque est de comprendre comment l’arrimage recherche-terrain permet aux acteurs de se repositionner dans un environnement en mutation et de produire des connaissances et des pratiques transformatrices. Ces défis se déclinent sur plusieurs plans :
- L’économie sociale et les autres organisations collectives sont interrogées sur leur capacité de développer une action autonome et sur leur rapport à un État qui semble moins porté vers les modèles à but non lucratif qu’il l’a déjà été.
- Les territoires, dont les instances de concertation et de développement, souvent mises à mal par les nouvelles orientations politiques, doivent trouver de nouvelles avenues pour préserver les solidarités, assurer une transition écologique et penser leur développement social.
- Le travail et ses acteurs subissent ces changements à travers la déstabilisation tant du statut salarial que des institutions syndicales.
Ces questions conduisent à s’interroger sur les pratiques et sur le rôle des établissements d’enseignement supérieur comme miroir critique et comme incubateur d’innovations sociales. Ce colloque invite également à analyser l’action spécifique de ces « passeurs » et « opérateurs » du dialogue savoirs-société, qu’ils soient assimilés au domaine universitaire ou à la pratique sociale.
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